ACTE III, SOBNB IV
D. JAPHET
Lieu public pour les comédiens ?
FOUGARAL.
Fort beau.
D. JAPHET
J'en veux avoir souvent d'Italiens.
Je les trouve bouffons ; mais toi que j'interroge, Es-tu natif du lieu, pour en faire l'éloge?
FOUGARAL.
Un maître que j'avais y fut pendu tout vif. Pour avoir seulement coupé le nez d'un Juif ; Le juge en est sévère.
On y fait' donc justice ?
FOUGARAL.
C'est le meilleur bourreau qui soit dans la Galice.
D. JAPHET
Je veux faire pourvoir dans les prochains états, A la confusion de tant de marquisats : Fais-m'en ressouvenir. 0 future marquise. Vous voyez que le ciel mes desseins favorise ! Mais, mon cher commandeur, concluons vitement. Je suis de mon amour pressé cruellement. L'humide radical dans mon cœur s'en dissipe. Mon esprit s'en altère et mon corps s'en constipe.
LE COMMANDEUR
Tenez bon quelque temps.
D. JAPHET
0 ciel ! qui le pourroit ?
Mon amour me conduit à mon trépas, tout droit.
9 LE COMMANDEUR
Encor faudrait-il bien donner ordre aux affaires, Vos noces ne sont pas des noces ordinaires. Il y faut des ballets, des combats de taureaux.
D. JAPHET
Taureaux, j'en suis, je veux y jouer des couteaux. Et donner au public, sans crainte de leurs cornes, Echantillon sanglant de ma valeur sans bornes. Je veux tauricider avec mon seul laquais.
FOUGARAL.
Tauricidez tout seul.
RODRIGUE, tout bas à l'oreille du commandeur.
Madame Anne Enriquez Dans la cour du château présentement arrive. Si mal, qu'on ne croit pas dans deux jours qu'elle vive.
852 DON JAPHET D*ÂIlHiNIE.
LS. COMMANDEUR
Je vais ]a recevoir : monsieur, tout aussitôt Je reviens vous trouver.
D. JAPHET
Allez, il ne m'en chaut, Pourvu Que mon soleil incessamment m'éclaire. Mais ne la vois-je pas avec mon secrétaire ? Il est récidivant, le faquin, et toujours Il prend sa blanche main avec sa patte d'ours : Je veux, faisant semblant de chanter, le surprendre, L'ayant surpris, le battre, et puis le faire pendre.
CHANSON Sar le chant de : Las^ qui hâtera le temps I
Beauté, seriDgue à brasier, CoBur d'acier, Tu m*as mis le flanc A feu et à sang :
Hélas I l'amour m'a pris Comme le ctiat fait La 8oaris«
A don Alphonse.
Je t'y prends, grand pendard, tu baises donc sa main ?
Aujourd'hui tu mourras, ou pour le moins demain.
Quoi I ta bouche à tabac, de ses moites moustaches,
A cette main d'ivoire ose faire des taches?
Icare audacieux, téméraire Ixion^
Je te juge et condamne, à décollation :
Et toi, de qui je tiens la main très inquînée,
Je t'exclus de l'honneur d'un futur hyménée.
LBONORE. %
Si vous voulez m'ouïr.
D. JAPHET
Je serais un grand sot.
D. ALPHONSE
Monsieur.
D. JAPHET
Tais-toi, truand, pied plat, cagou, bigot.
LÉONOBE.
Monsieur, assurément, .si vous voulez m'entendre. Vous connaîtrez l'erreur qui vous a pu surprendre.
D. JAPHET
Je vous entends, parlez.
lÉONORE.
Votre homme m'ayant fait
AGTfl IV, SCENE I. :358
Des compliments pour vous ; pour montrer en effet Jusqu'à quel point mon cœur a pour vous de Testime, Je vous mandais par lui, sans penser faire un crime, Que j'étais toute à vous : votre homme un peu trop prompt, M'en a baisé la main et fait rougir le front : C'est de cette façon que s'est passé la chose.
D. JAPHBT. .
Tout de bon ? mon courroox s'apaise par sa cause : Donnez-moi cette main qu'il ne baisera plus, Je veux la dévorer de mes baisers goulus. Don Roc, regarde-moi promener cette belle. Aussi digne de moi, que je suis digne d'elle. Vous m'aimerez bien fort ?
LÊONORE.
Oui, je vous le promets,
Autant que je le dois.
D. JAPHET
Je n'en doutai jamais.