VIE DE SCARRON
lèvres quelqae verset de ses épltres^ On rappelait pour cela ScarroD TÂpôtre, ce qui explique ce vers que notre cul-de-jatle fit sur lui-même :
PauTre martyr, fiU d'un ap6tre *.
Une autre manie de cet original était de n*aimer que les vieux poètes et les vieilles modes. Ronsardiser à tout propos, et n'aller par la ville qu*avec un pourpoint du temps du roi Henri, attaché au haut-de-Kihausse avec des aiguillettes, était son plaisir.
Comme son fils, dont Tesprit s'éveilla de bonne heure, était d^humeur et de goût tout contraires, ils avaient souvent de vives querelles qui se terminaient de la part du père par de véritables anathèmes : u II a, dit le Factum déjà cité, il a menacé cent fois son fils aîné de le déshériter, parce quMl lui osoit soutenir que Malherbe foisoit mieux les vers que Ronsard, et lui a prédit quUl ne feroit Jamais fortune parce quUl ne lisoit pas la Bible, et n*étoit Jamais aiguilleté. »
C'est avec la belle-mère qu'éclatèrent les premières batailles. D*une gaminerie trop alerte pour ne pas Tépier dans ses ridicules et ses travers, le petit Scarron se faisait, par exemple, une maligne Joie de la surprendre Jouant trop gros Jeu, et, pour réparer ses pertes, tâchant de prendre sa revanche par Fusure, qui le plus souvent ne lui rapportait pas des gains plus assurés. La plupart de ses débiteurs, qu'elle grevait de trop lourds intérêts, lui faisaient banqueroute, et elle en était pour son argent prêté et sa lésinerie. Tout en souffrait chez les Scarron. u J'en pourrois, dit encore Tavocat du Factum, sous la dictée du poète, j'en pourrois conter cent stratagèmes de ménage aussi plaisants que rares ; » puis il ajoute — et Ton sent bien ici une rancune de gamin gourmand — : « elle étoil assez avare, pour avoir un jour fait apelisser les trous de son sucrier. •
Fatiguée de ne pouvoir en quoi que ce soit échapper à cette inquisition curieuse et narquoise, la belle-mère décida que Tenfant terrible partirait de la maison. L'Apôtre, que ses tapages impatientaient, et qui le trouvait déjà beaucoup trop prompt à lui tenir tête, ne dit pas non, et le pauvre enfant dut s'en aller, comme en exil, chez un parent, tout au fond des Ardennes, à Charleville. « Vy passai, a-t-il dit', ma treizième et ma quatorzième année. )>
Rappelé à Paris, il y termina ses études, qui n^a valent pas dû