‹ Théatre completChapitre 316 sur 407 · SCÈNE II DON LOUIS , DON CARLOS · texte numérisé non relu

SCÈNE II DON LOUIS , DON CARLOS

D* LOUIS

Je viens Vous qtierelleîr.

D. CARLOS

Et pourquoi, je vous prie?

D. LOUIS

Pour vous être logé dans cette hôtellerie.

Et vous ne pouviez pas me faire un plus grand tort,

Qu'en ne descendant pas en ma maison d'abord. 1

D. CARLOS

Arrivé cette nuit?

D. LOUIS

Jour et nuit, à toute heure, Vous auriez dû chez moi choisir votre demeure. Qui vous mène à Valence ?

D. CARLOS

0 mon cher don Louis!

Gomme partout ailleurs, des malheurs inouïs, Quelque part où le sort me transporte, ou m'arrête. Je m'y trouve bientôt battu d'une tempête, Et comme par dessein, cet implacable sort Me suscite toujours l'orage auprès du port.

D. LOUIS

Si tout ce que je puis et ce que je possède

Peut soulager vos maux, ou leur donner remède.

Je vous offre mon bras, mon crédit et mon bien.

D. CARLOS

En l'état où je suis, je ne refuse rien.

Cependant apprenez le sujet de ma peine.

Et le cruel malheur qui dans ces lieux m'amène.

Esclave dans Madrid de mon ambition.

J'éloignais de mon cœur toute autre passion ;

Mais quand on a des yeux, peut-on garder son âme

De brûler tôt ou lard d'une amoureuse flamme ?

J'aimai donc à la cour une jeune beauté ;

Je lui dis mon amour et j'en fus écouté;

Et sans faire le vain, ma fortune fut telle.

Qu'elle brûla pour moi, si je brûlai pour elle.

Je n'allongerai point ce récit malheureux

Des services, des soins que rend un amoureux;

Il suffit que je fis tout ce qu'il faut pour plaire;

Et comme les présents font à la fin tout faire.

Pour la première fois, en secret, et la nuit,

Je fus par sa suivante en sa chambre introduit.

Hélas 1 dans ce moment elle était infidèle;

Un rival nous surprend, j'enrage, je querelle;

j'attaque, on se défend, je blesse, et sous mes coups

Ce rival accablé satisfait mon courroux.

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