‹ Théatre completChapitre 317 sur 407 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Lors le croyant sans vie, et la voyant pâmée, Par le bruit du combat sa famille alarmée , Je crus que le courroux d'un vieux père irrité, A cause de ses ans devait être évité, Et je crus qu'insulter à cette malheureuse, N'était pas l'action d'une âme généreuse. Préparant donc la mienne à tout événement. Et mettant mon espoir en mon bras seulement. J'étais prêt à sortir, sans croire mon courage. Qui n'avait pa-s encore assez soûlé sa rage, Quand l'ingrate beauté reprenant ses esprits, Faisant parler pour elle et ses pleurs et ses cris, Me pria, m'embrassant, quoi gue je pusse faire, De ne la laisser pas au pouvoir de son père. J'avais pour elle alors, avec juste raison, Toute l'horreur qu'on a pour une trahison. Et j'avais eu besoin de toute ma prudence. Pour ne m'emporter pas à quelque violence. Mais peut-on s'empêcner, quand on est généreux. D'aider un ennemi que l'on voit malheureux? Je répandrai mon sang pour vous sauver la vie, Beauté trop tard connue, et trop longtemps servie : Et si je meurs pour vous, lui dis je, je permets A votre esprit ingrat de n'y songer jamais. Ellfe ne répondit qu'en répandant des larmes, Et même en sa douleur conserva tous ses charmes. Nous sortîmes sans peine et sans autre danger, Que la crainte que j'eus qu'on ne vînt nous charger. Le mal que m'avait fait Cette fille infidèle. Ne pouvait m'empêcher de tout craindre pour elle ; Un ami nous reçut chez un ambassadeur ; On saisit tout mon bien, on m'ôta tout l'honneur. Mon rival fut trouvé percé de trois blessures. Dont on tira d'abord de tristes conjectures ; Mais sa jeune vigueur l'aura fait revenir : Je n'ai pas de son nom gardé le souvenir. Il poursuivait en cour une importante affaire. Mais cette circonstance ici n'importe guère.

D. LOUIS

L'aventure est étrange.

D. CARLOS

Ecoutez ce qui suit.

Vous voyez par l'état où le sort m'a réduit. Qu'il faut absolument que je quitte l'Espagne, La justice me suit, le père est en campagne.

Je ne dois plus Taimer, et ne dois pas aussi La laisser sans secours, l'avant conduite ici : Il ne faut pas non plus qu on me trouve avec elle, Un couvent servirait d'asile à cette belle ; Mais du bien que j'avais il ne m'est rien resté Que le malheureux fer que je porte au côté.

D. LOUIS

Je vous offre ma bourse.

D. CARLOS

Ah ! je ne veux pas prendre Ce que je ne suis pas en état de vous rendre.

D. LOUIS

Mais chez moi, mon cousin, qui la viendra chercher?

D. GABLOS.

Mais belle comme elle est, s'y peut-elle cacher? Pour qui passerait-elle ?

D. LOUIS

Ou bien pour ma parente, Ou ma sœur la tiendrait au lieu d une suivante. Rien n'est plus à propos que ce déguisement.

D. CARLOS

Puis-je lui proposer un tel abaissement?

LÉONORE, sortant de sa chambre.

Tu le peux, don Carlos, tout est facile à faire A qui met son bonheur à ne te point déplaire. Dans les plus bas emplois je ne rougirai point, Si je sers une dame a qui le sang te joint. Ne considère plus ma fortune passée ; Du soin de mon salut détourne ta pensée. Songe au tien : cours en Flandre exercer ta valeur, Et me laisse ici seule avecque mon malheur. Et vous, en qui le ciel me suscite un asile, Telle qu'il ma dépeinte, il est bien difficile Que vous puissiez douter de ce qu'il vous a dit; Mais tout secours humain me devienne interdit : Que le ciel m'abandonne aux afiTronts, aux injures, Et fasse de ma mort un exemple aux parjures. Si Carlos, qui reçut mes premières amours. Ne les possède encor comme il fera toujours ; Si mon âme envers lui fut jamais criminelle. Et fut autre pour lui que sincère et fidèle.

D. CARLOS

Et cet homme caché dans votre appartement?

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