FLORE, DON LOUIS
Je cherchais don Carlos : Léonor le demande.
D. LOUIS
Je venais comme vous le chercher.
FLORE
J'appréhende Qu'il n'ait suivi don Sanche, et que se rencontrant, La mort de l'un des deux vide leur différend.
D. LOUIS
Je veux les observer craignant la même chose ; Mais de leurs différends puisque l'on sait la cause, Il nous est fort aisé de les raccommoder, Pour peu que vous vouliez mes efforts seconder : Je vais donc vous fier un secret d'importance.
FLORE
Me ûer un secret I vous dont la défiance M'a tantôt outragée avecque tant d'aigreur?
D. LOUIS
N'aimant rien tant que vous, si ce n'est mon honneur. Et l'honneur d'une sœur étant celui d'un frère, Je crois n'avoir rien fait que je ne dusse faire ; Et votre esprit peut-être en serait satisfait, S'il savait les motifs de tout ce que j'ai fait.
FLORE
De son frère une sœur n'est jamais satisfaite, Quand d'injustes soupçons contre elle il s'inquiète ; Mais sachons ce secret.
D. LOUIS
Quand don Sanche et Carlos Seraient moins ennemis, ne seraient point rivaux :
Quand je n*aîmeraîs pas Carlos plus que ma vie, Carlos à qui le sang et Tamitié me lie, Don Sanche est envers nous à tel point criminel, Que je serais toujours son ennemi mortel. La querelle jamais n'en sera terminée, Si Fun d'eux préféré par cette infortunée, Et lui rendant Thonneur, devenu son époux. L'autre ne soit par là satisfait comme nous : Agissez donc, ma sœur, de toute votre adresse. Calmez un différend où Carlos s'intéresse ; D'où peut naître un combat fatal à sa valeur. Et pour nous un sujet d'éternelle douleur. Encor que Léonore aujourd'hui reconnue.
Se tire du bas rang où nous l'avons tenue. Elle est chez nous encore, et c'est encore assez, Pour être avec Carlos de don Sanche offensés. Parlez donc.
FLORE
A Carlos?
D. LOUIS
Non, à son adversaire, A l'insolent don Sanche.
FLORE
Hé bien ! il le faut faire.
D. LOUIS
Figurez-lui les maux dont il est menacé
De son rival Carlos qui l'a déjà blessé;
De moi son ennemi; du père de la fille,
Parent et fort aimé des plus grands de Castille;
Qu'il trouve en cette fille, outre sa sûreté.
De l'honneur, des amis, du bien, de la beauté.
Adieu, mandez don Sanche, et je vais chercher l'autre.
Don Lonis sort.
FLORE
Je VOUS obéirai. Quel destin est le nôtre!
Don Sanche fut toujours mon espoir et mon bien :
Il posséda mon cœur, je possédai le sien :
Et par une funeste et bizarre aventure,
Par une loi d'honneur, mais des lois la plus dure,
11 faut que ce soit moi, moi qui n'aime que lui,
Qui traite son hymen, mais, hélas, pour autrui!
Ainsi je hâterai l'heure de mon supplice.
Ainsi contre moi-môme il faut doue que j'agisse;
Et qu'ayant tous les jours à cacher mes ennuis,
J'aie à passer en pleurs mes solitaires nuits.