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ACTE ly SCENE IV

A VOS yeux ses vainqueurs fut toujours asservie,

Et qui jusqu'au trépas constant en son amour,

Ne regretta que vous quand il perdit le jour.

Eut longtemps la fortune à ses vœux favorable ;

Mais se fier en elle est bâtir sur le sable :

Ce prince malheureux vit son trône envahi,

Il fut de ses sujets abandonné, trahi,

Et réduit à la fin de quitter une terre

Où tout semblait d'accord à lui faire la guerre ;

Il fonda sur les flots l'espoir de son salut,

N'ayant plus qu'un vaisseau de tant d'autres qu'il eut :

Sa galère en ces mers tombant dans notre armée,

Se vit en un moment des nôtres enfermée :

Mais lui, loin de céder à l'ennemi plus fort,

De nos meilleurs soldats se fit craindre d'abord.

Et fit seul contre nous en sa seule galère,

Ce que le dieu de Thrace en sa place eût pu faire,

Repoussant plusieurs fois de son bord investi.

Les nombreux ennemis de son faible parti.

Orosmane ravi de sa rare vaillance,

Fait cesser le combat, vers le guerrier s'avance :

Lui présente à la fois, et la paix et la main.

Et ne reçoit de lui que fierté, que dédain :

Il ofifense Orosmane, il l'attaque, il le presse

De tout ce qui lui reste, et de force et d'adresse.

Irrite son courroux par son sang répandu ;

Mais faible par celui qu'il a déjà perdu.

Enfin il tombe aux pieds d'Orosmane invincible.

Et trouva son vainqueur à son malheur sensible.

Il s'appelait Alcandre.

ÉLISE

Hélas I il est donc mort, Alcandre ? mon Alcandre ?

SÉBASTE.

Il a changé de sort.

ELISE

Et le fier Orosmane est meurtrier d'Alcandre?

SÉBASTE.

Il se croirait heureux, s'il pouvait vous le rendre.

ÉLISE

Hélas I

SÉBASTE.

Alcandre donc, ce prince malheureux.

Expirant, conjura son vainqueur généreux. Son vainqueur qu'il voyait près de lui tout en larmes.

Maudire, mais trop tard, ses trop heureuses armes.

De vous offrir son bras, sa flotte et son pouvoir,

Et d'apaiser par là son juste désespoir,

De voir ainsi finir son amour et sa vie.

Dans un temps où peut-être il vous aurait servie :

Et c'est d'où sont venus les soins officieux

D'un guerrier sans pareil qui vous est odieux ;

Mais sur qui vous régnez, en qui revit Alcandre,

Qui voudrait, comme lui, pour vous tout entreprendre,

Et de qui la valeur ne veut point d'autre prix

Que la gloire d'avoir pour vous tout entrepris.

ÉUSE.

Ah I plutôt qu'un barbare ait part en mon estime.

Un corsaire insolent qui me propose un crime !

Plutôt que d'attirer le reproche éternel

D'armer en ma faveur un bras si criminel,

Que les plus grands malheurs que l'on craint sur la terre.

Me fassent sans relâche une cruelle guerre.

Que ces mêmes tyrans, dont trop officieux

Il m'offre d'abaisser l'orgueil ambitieux.

Exercent contre moi toute la violence •

Qu'inspire à des sujets une aveugle insolence :

Eh 1 que peut-il me rendre, après m'avoir ôté

Le seul bien qui manquait à ma félicité ?

SÉBASTE.

Orosmane sait bien que vous êtes gênée Dans la libre action du choix d'un hyménée ; Qu'il vous fait perdre Alcandre, un amant généreux. De qui le seul défaut fut d'être malheureux ; Que tout son sanç versé, toute sa flotte offerte, Peut réparer à peine une si grande perte.

ÉLISE

ïît sait-il que mon cœur ne peut trop détester Celui qui m'ôte Alcandre, et s'en ose vanter ? Veut-il du sang encore après celui d' Alcandre, Et m'offre-t-il le fer qui vient de le répandre?

SÉBASTE.

Orosmane...

ÉLISE

Otez-vous, étranger odieux.

Ce qui vient d'Orosmane est horrible à mes yeux. Ah I ne les ouvrons plus que pour verser des larmes : Renonçons pour jamais aux objets pleins de charmes : Donnons-nous tout entière à nos tristes ennuis. Et faisons de nos jours des éternelles nuits.

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