‹ Théatre completChapitre 373 sur 407 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Que le calme est à craindre aux plus heureux amants !

Que leur sort est sujet à de grands changements!

Le soleil a deux fois enrichi les campagnes,

Et deux fois a fondu la neige des montagnes,

Depuis qu'amour fait 7oir entre ce prince et moi

Les plus rares effets d'une constante foi*.

Hélas I de quoi nous sert d'avoir été fidèles ?

En avons-nous moins eu de traverses cruelles ?

Un prince que le ciel avait fait si charmant,

Si constant à m'aimer, que j'aimai constamment,

Par un indigne sort, sous une main barbare,

Tombe, et me laisse aux maux que sa mort me prépare.

Ah I sa perte m'apprend que la fidélité

Est une vertu vaine et sans utilité.

Mais il est temps, ma sœur, d'aller où nous appelle

De nos propres sujets l'assemblée infidèle ;

Allons voir Nicanor, d'un prétexte pieux,

Déguiser les desseins d'un cœur ambitieux :

Et son fils Amintas qu'un même esprit inspire.

Couvrir de son amour son dessein pour l'empire ;

Mais leur ambition, outre l'ordre du roi,

Aura besoin encore et de vous et de moi.

Si vous voulez, ma sœur, être d'intelligence.

Et comme moi contre eux vous armer de constance,

Nous les obligerons ces tyrans odieux,

De recourir au crime, et d'offenser les dieux ;

Et peut-être le ciel qu'irrite Je coupable,

D'ennemi qu'il nous est, deviendra favorable.

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