DON SANCHE , MERLIN
D. SANCHE
Tout est perdu pour moi, puisque Blanche est perdue Ne m'en parle donc plus, ma mort est résolue.
MERLIN
Quand vous parlez de mort, parlez -vous tout de bon ?
si j'étais, comme vous, beau comme Cupidon ;
Si j'avais, comme vous, un satyre pour frère ;
Si j'avais, comme vous, des qualités à plaire ;
Si Blanche, comme à vous, me faisait les doux yeux ;
Si l'amour, comme vous, me rendait furieux,
Je pousserais ma pointe, il n'est frère qui tienne.
Tant que je verrais Blanche en espoir d'être mienne :
Et lorsque je verrais la belle en d'autres bras.
J'en serais bien fâché, mais je n'en mourrais pas.
D. SANCHE
Je suis ce que tu dis, mon frère est méprisable ; Mais mon frère est heureux et je suis misérable; Et pour faire fortune en l'empire amoureux. Il faut être à la fois aimable et bien heureux. Blanche m'a foudroyé des traits de sa colère ; Blanche sera bientôt dans les bras de mon frère. Quaud d'un bien d'où dépend notre félicité, Par haine ou par mépris l'espoir nous est été. Les timides conseils ne sont plus bons à suivre. Qui n'a pu plaire à Blanche est indigne de vivre. Contente QS sa rigueur et délivrons ses yeux D'un esclave inutile aussi bien qu'odieux.
MERLIN
Mais, Monsieur, sauf l'honneur de votre noble envie. Savez- vous ce que c'est que de perdre la vie ? Il n'est rien tel que vivre.
D. SANCHE
Il n'est rien tel pour toi.
Mais la vie est à charge aux amants comme moi, Que l'amour n'a flatté d'une vaine espérance, N'a trompé par l'éclat d'une belle apparence,
Qu*afîn que le penser d'avoir pu vivre heureux, Accrût le désespoir de son cœur amoureux.
Don Blaize paraît au bout du théâtre.
Mais ce frère odieux, à mon repos funeste, Ne vient-il pas m'ôter le seul bien qui me reste? Ne vient-il pas encor mon trépas empêcher, Après m*avoir ravi ce qui me fut plus cher ? Hélas, si je lui dis que Blanche est vertueuse, N'est-ce pas augmenter son ardeur amoureuse? Si je lui dis aussi que Blanche ne l'est pas. N'est-ce pas offenser un ange plein d'appas ? Et ne sera-ce point par une action lâche, A l'honnêteté même avoir fait une tache ? Ah ! n'offensons jamais cette divinité, Et jusqu'au dernier jour disons la vérité.