VI VIE DE SCARRON
nier 1, en recevait en belle reliure un des premiers exemplaires.
Pour n^étre pas en reste avec notre burlesque^ sollicité d'aileurs par M. de Ghantelou, leur ami commun, il lui voulut — or c'est là que notre matois l'attendait — rendre politesse pour politesse. Après avoir un instant songé, afin de se mettre un peu d'accord avec sa gaîté folle, à peindre pour lui un « sujet ba« chique plaisant ^, » Poussin se décida pour un sujet de sainteté, où Paul Scarron retrouverait le saint son patron.
Vers le milieu de Tannée 1650, il lui arriva donc de Rome cet admirable Ravissement de saint Pauly qui est aujourd'hui Tune des perles de l'œuvre de Poussin, au musée du Louvre. Scarron ne le garda pas longtemps. Dans un de ces moments de gêne, qui ne lui furent que trop habituels, il le vendit au grand amateur Jabach, qui le guettait, mais qui lui-même ne tarda pas à le céder au duc de Richelieu, des mains duquel il passa presque aussitôt, — car c'était le seul lieu qu'il en croyait digne, — • dans le Cabinet du Roi '.
Nous ignorons ce qu'avait duré le voyage de Scarron à Rome, mais il est certain qu'il était revenu au Mans un an après en élre parti. Le canonicat, qu'on lui faisait attendre depuis si long^ temps, ne tarda plus guère. 11 en prit possession le 18 mars 1636, et n'en courut pas moins, comme par le passé, d'assez folles aventures. Il paraîtrait que ce fût alors que vint camper au Mans, pour y donner des représentations dans un des jeux de paume, cette troupe de comédiens et de comédiennes de campagne, dont il a fait le personnel de son Roman comique*, où, soit dit en passant^ il les mit en action avec trop de réalité et sous de trop vives couleurs pour qu'on ne sente pas qu'il dut se mêler à eux assidûment et de fort près.
Ce sont ces fréquentations, alors les plus périlleuses à tous égards, qui firent croire que la maladie qui le prit en 1638, et dont il ne se releva plus, était la suite de quelque débauche malsaine.
Tallemant l'appelle (( une maladie de garçon ^, » plus discret en cela que Gille Boileau qui, dans la guerre d'épigrammes qu'il eût avec Scarron, la nomme crûment de son nom véritable^.