VIE DB SCARRON. VU
On sait aujourd'hui ce qu'il en fut réellemeol par quelqu'un qui le tenait de Scarron lui-môme, un brave prêtre, qui Tavait connu au Mans, et auquel on doit une curieuse Vie de Coxtar, où il nous a transmis incidemment celte confldence du malheureux perclus 1.
La seule chose qu'il ne nous dise pas, c'est le lieu où le mal, sorte de a fièvre continue, qui fut suivie d'un violent rhumatisme, • ' le saisit d'abord. Est-ce au Mans ? est-ce à Paris ? lîn tout cas, c'est dans cette derniôre ville que la maladie, dont il commeni;ait à se remettre, fut tout à coup aggravée, oomme on va le voir, d'une façon irrémédiable.
Scarron habitait au Marais, dans le voisinage de Saint-Gervait et de Saint-Jean-en-Grève, au coin de la rue de la Tixéranderie* et de la rue du Coq, deux chambres, au second étage, d'une maison que nous avons vu démolir pour faire passage à la rue de Rivoli.
Un jour qu'il en était descendu cahin-caha, a s'appuyant sur un bâton, » pour aller entendre la messe à Saint-Jean, il fit dans le « marché qui en est proche, » rencontre d'un jeune médecin qu'il avait connu chez la marquise de Sablé, cette éternelle ma<ilade d'imagination à laquelle il fallait toujours quelque empirique autour de ses jupes.
« Après qu'ils se furent salués, dit l'anonyme à qui nous allons maintenant laisser la parole, et que cet empoisonneur de volonté ou, comme il est plus croyable, d'ignorance... eut appris de ce pauvre convalescent ce qui l'avoit mis dans l'estat de foiblesse où il le voyoit, il luy promit qu'il luy envoyeroit, le lendemain matin, une médecine tout prette à prendre, el il l'assura qu'elle l'acheveroit de guérir si promplement et si entièrement que deux jours après il se trouveroit dans une parfaite santé. H fut véritable en ce qui estoit de l'envoy du breuvage qu'il appeloit médecine; mais il fut très faux en ce qui estoit de Teffect heureux, dont il l'avoit asseuré ; car dans le temps qu'il luy avoit marqué pour la guérison qu'elle devoit opérer, elle lui brusla les nerfs, et il s'en fist une si terrible contraction que jamais homme n'a esté plus estropié et contrefait que M. Scarron... Il passa le reste de ses jours, qui fut encore long, dans une chaise... d'où il luy estoit impossible de sortir que sur les bras d'un valet qui l'y mettoit le matin et l'en ostoit le soir pour le porter dans son lit. »
Ce récit, dont le bon prêtre du Mans assure que Scarron lui avait maintes fois répété les d<^tails, a avec toute l'ingénuité, dit-il, et la franchise dont son esprit et son coeur sincère étoient