VIII VIE DE SCARRON
capables, » met, ce nous semble, pour jamais à néant les contes qui ont trop couru sur sa maladie, notamment celui qu^en avait fait La Beaumelle^, en y mêlant je ne sais quelle aventure de car nu val.
Le malheureux perclus ne prit pas d'abord son mal en gaîtè; il s'en désespéra. Se voir cloué, rivé sur une chaise, lui qui avait été si leste ! ne pouvoir plus qu'à grand'peine se servir de ses mains pour écrire', et le plus souvent être obligé de recourir à celle d*un valet s, lui qui avait a su peindre et jouer du luth ^ ! D arriver peu à peu, tant son mal le tordit, à ne pouvoir plus regarder les gens que lorsqu'ils se baissaient presque jusqu'à terre pour le voir — c'est ainsi, par exemple, suivant Tallemant, que la pauvre petite Françoise d'Aubigné, sa future femme, fut obligée de se placer pour qu'il la vît; — n'obtenir qu'à force d'opium s un peu de sommeil, dont le réveillait en sursaut la cloche de Sainl-Gervais sonnant minuit^; enûu ne trouver, quelle que fût l'heure, soit de nuit soit de jour, le moindre répit contre ses tortures : tout cela, dans les premiers temps surtout, le jetait en des humeurs sombres, en des désespoirs, qui touchaient de près à l'idée du suicide. La religion, quoi qu'il n'en eut guère, le préserva : a Je vous jure, mon cher ami, écrivait-il à Marigny'^, que s'il m'étoit permis de me supprimer moi-même, il y a longtemps que je me serois empoisonné. »
Sa galté naturelle prit le dessus; puis, s'il ne se fit pas un soulagement des remèdes, qu'il essaya tous, il se fit de chacun, à tour de rôle, une espérance qui le soutint.
C'est aux eaux de Bourbon qu'il tâcha d'abord de se guêi-ir. Il y passa deux saisons, celle de 1G41 et celle de l'année suivante, dont, sous le titre de Légevdes de Bourbon^^ il envoya à madame de Hautefort des relations on ne peut plus intéressantes, lant sur lui-même et seg efTorts pour revenir plus valide, que sur les personnes de grand air qui l'y allaient voir comme curiosité, et qui, pour la plupart, restèrent ses amis, ou ses protecteurs.
Il n'en avait jamais eu plus besoin.
De retour ù Paris, il n'y retrouva pas son père, que ses souffrances avaient un peu rapproché de lui, et qui, malgré les ladreries de la belle-mère, lui était venu en aide pour les dépenses de ses premiers essais de guérison. L'Apôtre s'était mis au plus mal