‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 101 sur 454 · ACTE I, SCÈNE II. 5i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. 5i

Dans les flots de soa sang, je voiuliais le ploiii:e;. Qu'il n'accuse que lui du malheur qui l'accable ; Le sang qui nous unit me rend-il seul coupable? D'un criminel amour le perfide enivré, A-t-il eu quelque égard pour un nœud si sacré? Mon cœur, qui sans pitié lui déclare la guerre. Ne cherche à le punir qu'au défaut du tonnerre.

EURISTHÈNE.

Depuis vingt ans entiers ce courroux affaibli Semblait pourtant laisser Thyesle dans l'oubli.

ATRÉE

Dis plutôt qu'à punir mon àme ingénieuse Méditait dès ce temps une vengeance affreuse : Je n'épargnais l'ingrat que pour mieux l'accabler : C'est un projet enfin à te faire trembler. Instruit des noirs transports où mon âme est livrée, Lis mieux dans le secret et dans le cœur d'Atrée : Je ne veux découvrir l'un et l'autre qu'à toi ; Et je te les cachais, sans soupçonner ta foi. Écoute. 11 te souvient de ce triste hyménée Qui d'/Ërope à mon sort unit la destinée: Cet hymen me mettait au comble de mes vœux ; Mais à peine aux autels j'en eu formé les nœuds, Qu'à ces menées autels, et par la main d'un frère, Je me vis enlever une épouse si chère. Tes yeux furent témoins des transports de moa A peine mon amour égalait ma fureur; [cœur; Jamais amant Irahi ne l'a plus signalée. Mycènes, tu le sais, sans pitié désolée. Par le fer et le feu vit déchirer son sein ; Mon amour outragé me rendit inhumain.

Enfin par ma valeur ^rope lecouvrée, Après un an revint entre les mains d'Atrée. Quoique déjà l'hymen, ou plutôt le dépit, Eussent depuis ce temps nus une autre en mon lit. Malgré tous les appas d'une épouse nouvelle, .Erope à mes regards n'en parut que plus belle. Mais en vain mon amour brillait de nouveaux feux, Elle avait à Thyeste engagé tous ses vœux; Et liée à l'ingrat d'une secrète chaîne. .Eiope, le dirai-je? en eut pour fruit PHsthène.

EURisTHÈNE. [seipucur,

Dieux! qu'est-ce que j'entends! Quoi! ÎRlislb-ne, Méconnu dans Argos pour votre successeur. Pour votre fils, enfin!

s 2 ATRÉE ET THYESTB.

ATRÉE

C'est lui-même, Euristhène :

C'est ce même guerrier, c'est ce même Plisthène Que macour aujourd'hui croit encor, sons ce nom, Frère de Méiiélas, frère d'Aparaemnon.

Tu sais, pour me venp;er de sa perflde mère, A quel excès fatal me porta ma colère : Heureux, si le poison qui servit ma fureur De mon indigne amour eût étouffé l'ardeur! Celui de l'infidèle éclatait pour Tliyeste Au milieu des horreurs du sort le plus funesle. Je ne puis sans frémir y penser aujourd'hui : JEiope, en expirant, brûlait encor pour lui ; Voilà ce qu'en un mot surprit ma vigilance A ceux qui de l'ingrate avaient la confidence.

(il lui montre en ce moment une lettre d'^Erope.) LETTRE D'iEROPE,

« D'Atrée en ce moment j'éprouve le courroux, « Cher Thyeste, et je meurs sans regretter la vie, « Puisque je ne l'aimais que pour vivre avec vous, « Je ne murmure point qu'elle me soit ravie. « Plisthène fut le fruit de nos tristes amours : « S'il passe jusqu'à vous, prenez soin de ses jours ; « Qu'il fasse quelquefois ressouvenir son père « Du malheureux amour qu'avait pour lui sa mère. » Juge de quels succès ses soins furent suivis: Je retins à la fois son billet et son fils. Je voulus étouffer ce monstre en sa naissance. Mais mon cœur plus prudentl'adopta par vengeance; Et, méditant dès lors le plus affreux projet, Je le fis au palais apporter en secret. Un fils venait de naitre à la nouvelle reine : Pour remplir mes projets, je le nommai Plislhène , El mis le fils d'jErope au berceau de ce fils, Dont depuis m'ont privé les destins ennemis. C'est sous un nom si cher qu'Argos l'a vu paraître ; Je fis périr tous ceux qui pouvaient le connaître; Et, laissant ce secret entre les dieux et moi, Je ne l'ai jusqu'ici confié qu'à ta loi. Après ce que tu sais, sans que je In l'apprenne, Tu vois à quel dessein j'ai conservé PHsthène, Et, puisque la pitié n'a point sauvé ses jours, A quel usage enfin j'en destine le cours.

EURISTHÈNE. [guide,

Quoi ! seigneur, sans frémir du transport qui voua

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