‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 102 sur 454 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Vous pourriez réserver Plisthène au parricide?

ATRÉE

Oui. je veux que ce fruit d'un amour odieux Signale quelque jour ma fureur en ces lieux; Sous le nom de mon fils, utile à ma colère, Qu'il porte le poignard dans le sein de son père ; Que Thyeste en mourant, de son malheur instruit. De ses lâches amours reconnaisse le fruit. Oui, je veux que, baigné dans le sang de ce traître, Plisthène verse un jour le sang qui l'a fait naître, Et que le sien après, par mes mains répandu. Dans sa source à l'instant se trouve confondu. Contre Thyeste enfiu tout paraît légitime, Je n'arme contre lui que le fruit de son crime : Son forfait mit au jour un prince malheureux; Il faut, par un forfait, les en priver tous deux. Thyeste est sans soupçons, et son âme abusée Ne me croit occupé que de l'île d'Eubée : Je ne suis en ofTet descendu dans ces lieux Que pour mieux dérober mon secret à ses yeux. Athènes, disposée à servir ma vengeance. Avec moi dès longtemps agit d'intelligence ; Et son roi, craignant tout de ma juste fureur. De son nom seulement cherche à couvrir l'honneur. Du jour que mes vaisseaux menaceront Athènes, De ce jour tu verras Thyeste dans mes chaînes : Ma flotte me répond de ce qu'on m'a promis; Je répondrai bientôt et du père et du fils.

EDRISTUKNE.

Ehbien ! sur voire frère épuisez votre haine; Mais du moins épargnez les vertus de Plisthène.

ATUÉK.

Plisthène, né d'un sang au crime accoutumé, I\e démentira point le sang qui l'a formé ; Et comme il a déjà tous les traits de sa mère, 11 aurait quelquejour les vices de son père. Quel peut être le fruit d'un couple incestueux? Moi-même j'avais cru Thyeste vertueux :

Il m'a trompé ; son fils me tromperait de même. D'ailleurs il lui faudrait laisser mon diadème; Le titre de mon fils l'assure de ce rang : En faudra-t-il pour lui priver mon propre sang? Que dis-je? pour venger l'affront le plus funeste, En dépouiller mes fils pour le fils de Thyeste? C'est ma seule fureur qui prolonge ses jours ;

54 ATREE ET THYE3TE.

11 est lemps Jùsoiinnis qu'elle en tranche le cours: Je veux, par les fori'aits où ma haine me livre, Me payer des moments que je l'ai laissé vivre. Que l'on approuve ou non un dessein si fatal, Il m'est doux de verser tout le sang d'un rival. .Mais Plisthène paraît. Songe que ma vengeance Renferme des secrets consacrés au silence.

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