SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. XXÎ
pension de mille écus <t qu'il paye comme il peut et quand il peut », disait Collé.
Le roi Louis XV étant tombé dangereusement malade à Nancy, la France en larmes lui décerna sur son lit de convalescence le nom de Bien- Aimé, qu'il conserva longtemps, à travers les tristes vicissitudes qui déshonorèrent la seconde partie de son règne.
Élu directeur de l'Académie française pour 1744-45, c'est à Crébillon qu'échut l'agréable devoir de complimenter le roi, le mardi 17 novembre 1744, sur le rétablissement de sa santé ; cette fois, il condescendit à parler en prose, mais pour un instant seulement; à peine la prose débitée, Crébillon reprit la parole en vers. Il aurait pu dire au roi Louis XV, comme Auguste à Cinna : « Je t'en avais comblé, je t'en veux accabler. » Car, au bout de dix jours, il expédia au monarque une épître, cette fois d'un ton moins solennel, qui finit par cette plaisante apostrophe à son Apollon :
Va, laisse-moi ; je te tiens quitte De l'aveuir et du présent.
Tu m"as donné, pour tout mérite, Le cruel et morne talent De hurler dans la tragédie.
Tu diras de plus que c'est toi Qui m'as mis de l'Académie :
Moi, je t'ai fait parler au Roi !
L'année suivante, il eut encore à complimenter le Roi sur le glorieux succès de la campagne de 17 iô: « Victorieux, adoré, digne de l'être, il ne manque à « Votre Majesté qu'un peu d'amour pour elle-même, Cl pour une vie glorieuse à laquelle la vie de tant de « millions d'hommes est si tendrement attachée. »
Ces adulations, inspirées par un sentiment sincère et d'ailleurs légitime au lendemain de Fontenoi, devaient plaire à Louis XV, non moins qu'à la nouvelle favorite M^o de Pompadour, qui se prit d'une intelligente affection pour le poète énergique, le vieillard encore vert et galant sous la négligence voulue de ses dernières années. Il s'écoula quatre années encore avant que ces hautes bienveillances se manifestassent par des actes significatifs. Crébillon aurait pu répéter, en les appliquant à la Fortune, les vers de Tityre sur la Liberté :