XXII NOTICE SUR CREBILLON
(juae sera tameu respexit inertem,
Candidior po5tquam tondenti barba cadebat; Respexit tamea..t
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Depuis longues années, ou pressait Crébillon d'achever ce Catilina, dont Voltaire louait les grandes beautés dès l'année 1731. L'atmosphère de sa ménagerie plaisait à son humeur misauthropique, et la fumée de la pipe engourdissait la muse. M. de Curis, son ami, intendant des Menus, lui offrit un appartement chez lui, rue du Croissant ; de beaux ombrages, une société agréable et choisie ranimèrent Crébillon, et Catilina fut enfin prêt pour la représentation.
A l'approche de cet événement littéraire, de cette résurrection d'un grand poète après vingt-deux ans de silence, les grâces commencèrent à pleuvoir sur lui.
Il fut d'abord attaché à la Bibliothèque du Roi, pour partager avec Danchet les fonctions de « rechercher les livres relatifs aux belles-lettres ». Cette adjonction n'eût pas laissé que d'avoir son côté piquant, s'il eût été vrai, comme le raconte Voltaire, que Danchet ayant eu à lire, comme censeur royal, en 1717,1a Sémiramis de sou nouveau confrère, eût donné à son approbation une tournure épigi'ammatique : « J'ai lu « Sémiramis » aurait-il écrit, d'après Voltaire, « et a j'ai cru que la mort de cette reine, au défaut de ses « remords, pouvait faire tolérer l'impression de cette « tragédie. » Danchet aurait, il est vrai, consenti à modifier sa première rédaction, mais en laissant subsister le médiocre jeu de mots entre mort et remords, dont Crébillon aurait eu la faiblesse de s'affliger. On voit que Voltaire insiste et qu'il précise les plus petits détails. Eh bien, j'y insiste à mon tour pour établirune fois de plus combien il serait imprudent d'accorder une confiance aveugle aux anecdotes qui foisonnent sous la plume de cet inépuisable inventeur. Le visa de Danchet, tel que jô le relève sur l'édition originale (Pierre Ribou, 1717), est conçu en termes réservés, mais, somme toute, flatteurs pour Crébillon: « J ai lu « par ordre de M. le chancellier la tragédie de Sémiva- « mis. Cette Reine y fait voir des sentiments coupables, « mais son châtiment, au deffaut de ses remords,
SUR SA Vlli ET SES OUVRAGES. XXIII
« peut servir d'instruction. Le public en a vu les re- « présentations avec plaisir et j'ai cru que l'impres- « sion lui seroit agréable. Fait à Paris, le 8 mai 1717. « Danchet. »
On comprendra, en lisant plus loin l'analyse de Sémiramis, pourquoi Danchft se croyait obligé de faire ses réserves sur les « sentiments coupables » de « cette Reine. » En supposant, toutefois, qu'un nuage se fût élevé entre les deux censeurs, il devait s'èlre dissipé au bout de trente ans.
A sa nouvelle place de bibliothécaire, qui ne comportait qu'une gratification annuelle de GOO livres et une pension de 400 livres pour l'indemniser du logement qu'elle comportait dans les maisons de la cour du vieux Louvre, récemment démolies, le roi ajouta successivement 1,000 livres de pension sur sa cassette particulière, et 2,000 livres sur le Mercure.
Le grand jour approchait. Crébillon fut mandé le 4 septembre 1748 au château de Choisy pour lire CaliUna à madame de Pompadour. Voici, mot pour mot, le récit fait par Crébillon à son ami Collé : « 11 o faudroit que je fusse un fat, si je te disois, mon ami, a la façon dont j'ai été accueilli là bas, et l'enthou- « siasme que la lecture de ma pièce a produit sur u ceux qui l'ont entendue. Madame de Pompadour, a après m'avoir comblé d'éloges, me dit de me pres- « ser de faire achever de copier Latiima, afin qu'on « l'imprimât aussitôt au Louvre, avec mes autres « OEuvres, dont le Roi veut faire faire une édition ma- « gnifique et me la donner. »
Le 10, la pièce fut lue aux Comédiens. Le rôle de Tullie fut distribué a mademoiselle Gaussin, ot celui de Fulvie à mademoiselle Gauthier. Mais, au bout de quelques semaines, mademoiselle Gaussin, « mauvaise actrice de tragique », rendit son rôle sous le prétexte qu'elle était grosse. « Elle savoit bien qu'elle l'étoit, » dit Collé, « quand elle fit demander le rôle de Tullie « à Crébillon par madame de Pompadour ; elle u'igno- « roit pas qu'elle n'amèneroit pas le rôle à terme ; « mais elle craignoit qu'on ne le donnât à Clairon et « vouloit le faire tombera mademoiselle Dumesnil. » C'est ce qui arriva, et mademoiselle Clairou dut se contenter du rôle de Fulvie, retiré à mademoiselle Gauthier. « Cette tracasserie pour un rôle, » ajoute philosophiquement Collé, n a été accommodée avec