XXIV NOTICE SUR CREBILLON
« le sérieux et la dignité d'une affaire d'État. »
C'en était une en effet. Le Roi commanda pour Catilina des habits magnifiques, dont il fit présent aux Comédiens. La dépense n'en fut pas médiocre. Le sénat romain comptait dix-huit personnes, avec les deux consuls ; la toge de chaque sénateur était de toile d'argent avec des bandes de pourpre et une veste de toile d'or, une autre bande de pourpre formait le laticlave ; le tout festonné et enrichi de diamants fau X .
Ces marques tardives mais éclatantes de la faveur royale excitèrent l'envie et la déchaînèrent contre ce vieillard de soixante-quatorze ans. Voltaire n'y tint pas. 11 saisit le premier prétexte venu. On avait joué sa Scmiramis le 28 août 1748; et, depuis cette soirée, dont le succès n'avait pas été très décisif. Voltaire n'avait plus qu'une préoccupation : c'était d'empêcher que les Italiens n'en donnassent une parodie ; il remua ciel et terre, s'adressant à tous ses amis, au maréchal de Richelieu surtout, leur représentant le tort et l'injure qu'on lui ferait en laissant parodier Semiramis, au moins pendant sa nouveauté. Mais, enfin, au mois d octobre, la tragédie de Voltaire avait fourni sa carrière; et l'on ne voit pas que Crébillon manquât d'égards envers son illustre collègue en accordant aux Italiens le visa qu'après tout il n'avait pas le droit de refuser, en dehors de raisons d'ordre public qui n'existaient pas dans l'espèce. Voltaire aurait pu se dire que Crébillou était nommé par le Roi pour faire les affaires de l'État et du public, non celles de M. de Voltaire. Mais l'irascible auteur de l'Ecossaise n'envisageait pas les choses de sang froid.
A partir de ce jour, il déchira à Crébillon une guerre acharnée. ■< Crébillon », écrit-il le 10 novembre à M. d'Argental, « s'est conduit d'une manière indigne 1 dans tout ceci, ou plutôt d'une manière très digne a de sa mauvaise pièce de Semiramis, qui n'a pas « même été honorée d'une parodie. »
Il redouble, dans une autre lettre adressée de Lunéville le 28 novembre à Baculard d'Arnaud: «Vous « êtes mal instruit de l'histoire des histrions. Crébil- « Ion a retiré tous ses rôies, les a corrigés, les a « rendus, et Grandval attend encore ses quatrième et « cinquième actes. 11 aurait dû retirer aussi l'appro- « baliou qu'il a donnée à une plate parodie de Sémi-