‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 14 sur 454 · SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. XXV · texte numérisé non relu

SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. XXV

« ramis, que le roi a défendue à Fontainebleau. Je « me flatte qu'on récompensera Arlequin donnant son « approbation à Catilina. Le bonhomme aurait dû se « souvenir qu'on ne put pas seulement parodier sa H Sémiramis. Je lui pardonne de ne pas aimer la « mienne. »

Enfin, la première représentation eut lieu, devant Télile de la Cour et de la ville, le vendredi 20 décembre 1748 (l). Madame de Pompadour y assistfiit et ne cessa de marquer son approbation. Lorsqu'elle revint à Versailles, le Roi lui demanda avec empressement : « Eh! bien, avons-nous gagné notre procès? Avons- « nous réussi? » Madame de Pompadour put répondre affirmativement, car, eu dépit <ie critiques que j'examinerai plus loin, la pièce fut jouée vingt fois de suite. M Catilina, » écrit Collé sur sou journal, « a eu plus de « succès que je n'en attendais, mais beaucoup moins « qu'il n'en mérite. » Voilà, je crois, la note juste. Ce qui n'empêcha pas Voltaire d'écrire à d'Argental : « Je « ne suis pas étonné de la chute de Catilina. La cabale « veut bien crier, mais elle ne veut pas s'ennuyer. Je me « conduis, je crois, un peu moins insolemment que « Crébillon. On ne peut pas abuser davantage de la « misérable place qu'il a de censeur de la police. Sa <t conduite est cent fois plus mauvaise que celle de ses « pièces. » Cependant, il se voyait bien obligé de reconnaître que la cabale était cette fois victorieuse ; et il écrivait (18 mars 1749) à M. le marquis d'Argenson, avec la précision pénétrante qui est la marque de son style: « Les personnes qui vous ont ôlé le ministère « protègent Catilina; cela est juste. »

Il ne paraît pas que les acteurs eussent beaucoup servi Crébillon. Le jour que l'on donna sa tragédie à. Versailles, le maréchal de Saxe s'approcha de lui à la chute du rideau et lui dit : « Voilà un triomphe, « monsieur, et, en vérité, il faut être an grand capitaine « pour gagner une bataille avec de tels soldats i2}. »

Le Roi tint sa promesse et consacra la gloire du plus grand poète tragique qui fût alors vivant, par un témoi-

(1) C'est la vraie date relevée pour moi avec une parfaite obligeance par M. Monval, sur les registres de la Comédie. Les dates du 12 ou du 21, qui se trouvent presque partout, sont fausses.

(2) Voici leurs noms : MM. Le Grand, Dubreuil, Sarrazin, Grandval, Dubois, Bonneval, de La Noiie, Paulin, Uosely, Drouin, mesdemoiselles Dnmesuil et Clairon.

XXVl NOTICE SUR CRÉBILLON

gnoge magnifique, en ordonnant que ses œuvres complètes fussent imprimées au Louvre, aux frais de sa cassette et au profit de l'auteur. Crébillon remercia Louis XV par une dédicace pleine d'émotion reconnaissante «J'ai commencé de voir le jour, » dit-il, « sous l'em- « pire d'un roi si grand, que, sans son successeur, il o n'aurait point eu de rival. »

L'édition du Louvre, décidée en décembre 1748 (1), rapporta plus do 6,000 livres à CrébilloQ ; mais elle ne parut qu'en 1750.

En attendant, et comment attendre à cet âge ! Crébillon se tirait péniblement d'affaire. Ses places et sa pension lui donnaient, depuis un an seulement, 6,000 livres de revenu; ce^j'était plus la misère; mais trente années de détresse avaient accumulé sur sa t'jte blanchie l'écrasant fardeau des dettes arriérées. II s'estima donc fort heureux que le libraire Prault, saisissant l'heure de la vogue, imprimât son Xerxès, demeuré inédit, sans attendre l'édition du Louvre, et lui en donnât quarante louis. Il présenta sa pièce au roi, qui l'ouvrit au hasard et tomba justement sur co vers :

La crainte fit les Dieux ; l'audace a fait les Rois.

Le roi trouva le vers très beau et le loua « de bonne foi », dit Collé.

Les honneurs publics éveillent la jalousie; un semblant d'aisance réveille les créanciers. Les dettes surgirent de tous côtés, parmi lesquelles la créance prétendue de la veuve du sieur Thomas, maître es -arts en l'Université de Paris, qui avait été le maître de pension de son fils, à qui il devait, à ce qu'assure obligeamment Collé, depuis plus de trente ans. On mit opposition sur ses droits d'auteurs entre les moins de Prault et des Comédiens français. Crébillon présenta requête au Conseil d'État pour voir dire, sans discuter « les fins de nonce recevoir invincibles qu'il seroit en droit d'opposer « aux prétentions des saisissants », que les fruits des productions di; l'esprit humain n'étaient pasplussaisissables que Ils honoi'aires des avocats et autres persoimes de profession libre, dont la saisie n'avait

(t) Deux volumes in-4">. Iraprimerie royalo, 1750. Frontispico et cul-de-lampc de Boucher, gravés par Le Bas ; portrait de Crebilloa par Avcd, gravé par Balechou.

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