‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 132 sur 454 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

J'en sens encor Irémir mon cœur épouvanté. En vain sur mes serments ton âme rassurée Comptait sur une paix que je t'avais jurée ; Car, dans l'instant fatal où j'attestais les deux, Je me jurais ta mort, j'enimposais aux dieux. Je n'en veux pour témoin que ce même Plisthène, Par de pareils serments qui sut tromper ma haine. C'était lui qui devait me venger aujourd'hui D'un crime dont l'affront rejaillissait sur lui; Et pour mieux l'engager à t'arracher la vie, J'en devais, au refus, priver Théodamie. De ce récit affreux ne prends aucun effroi: Tu dois te rassurer en le tenant de moi.

(a Flùtbène.)

Et toi, dont la vertu m'a garanti d'un crime, Ne crains rien d'un courroux peut-être légitime. Si c'est un crime a toi tle ne le point servir, Quelle eût été l'horreur d'avoir pu i'assouvir ! Enfin c'eût été peu que d'immoler mon frère; Le malheureux aurait assassiné son père.

TETBSTE.

Moi, son père!

Ces mois vont t'en instruire. Lis.

(il lui dooDe la lettre d'.i^rope.) TUYE3TE.

Dieux ! qu'est-ceque je vois ! c'est d'^rope. Ah I mon La nature en mon cœur éclaircit ce mystère : [fils! Thyesle t'aimait trop pour n'être point ton père. Cher Plisthène, mes veux sont enfin accomplis.

PLISTHÈNE.

Ciel! qu'est-ce que j'entends? Moi, seigneur, votre Tout semblait réserver, dans un jour si funeste, [fils ! Ma main au parricide, et mon cœur àl'inceste. [jour, Grands dieux! qui m'épargnez tant d'horreurs en ce Dois-je bénir vos soins, ou plaindre mon amour?

(a Atrée.) Vous qui, trompé longtemps par une injuste haine. Du nom de votre fils honorâtes Plisthène, Quandje nele suis plus, seigneur, il m'est bien doji» D'être du moins sorti du même sang que vous. Je ne suis consolé de perdre en vous un père Que lorsque je deviens le fils de votre frère. Mais ce fils, près de vous privé d'un si haut rang. L'est toujours par le cœur, s'il ne l'est par le sang.

84 ATHÉE Eï TU VESTE.

ATRÉE

C'eût élé pour Atrée une perte funesic. S'il eût fallu te rendre à d'autres qu'a Thyesle. Le destin ne pouvait qu'en te donnant à lui, Me consoler d'un bien qu'il m'enlève aujourd'hui Eurislhène, sensible aux larmes de ta mère, Est celui qui me fît de son bourreau ton pèie : Instruit de mes fureurs, c'est lui dont la pitié Vient de vous sauver tous de mon inimitié.

(a Thyeste.)

Thyeste, après ce fils que je viens de te rendre, Tu vois si désormais je cherche à te surprendre. Reçois-le de ma main pour garant d'une paix Que mes soupçons jaloux ne troubleront jamais. Enfin pour Ven donner une entière assurance. C'est par un fils si cher que ton frère commence. En faveur de ce fils, qui fut longtemps le mien, De mon sceptre aujourd'hui je détache le tien. Rentre dans tes États sous de si doux auspices, Qui de notre union ne sont que les prémices. Je prétends que ce jour, que souillait ma fureur, Achève de bannir les soupçons de ton cœur. Thyesle, en croiras-tu la coupe de nos pères? Est-ce offrir de la paix des garants peu sincères? Tu sais qu'aucunde nous, sans un malheur soudain, Sur ce gage sacré n'ose jurer en vain, C'est sa perle, en un mot : cette coupe fatale Est le serment du Styx pour les fils de Tantale. Je veux bien aujourd'hui, pour lui prouver ma foi, En mettre le péril entre Thyeste et moi : Veut-il bien, à son tour, que la coupe sacrée Achève l'union de Thyeste et d'Alrée?

THYESTE

Pourriez-vous m'en offrir un gage plus sacré Que de me rendre un fils? Mon cœur est rassuré; Et je ne pense pas que le don de Plislhene Soit un présent, seigneur, quem'aitfaitvotrehaine. J'accepte cependant ces garants d'une paix [bail s. Qui fait depuis longtemps mes plus tendres sou- Non que d'aucun détour un frère vous soupçonne ; A la foi d'un grand roi Thyeste s'abandonne : S'il en reçoit enfin des gages en ce jour. C'est pour vous rassurer sur la sienne à son loiir. ATRiiE. iprètc;

Pour cet heureux moment qu'en ces lieux tout sap-

Page 1