SCÈNE PREMIÈRE
PLISTHÈlNE.
Thessandre ne vient point ! rien ne l'offre à mes
[yeux!
Tout m'abandonne-t-il dans ces funestes lieux? Tristes pressentiments que le malheur enfante, Que la crainte nourrit, que le soupçon augmente. Secrets avis des dieux, ne pressez plus un cœur Dont toute la fierté combat mal la frayeur. C'est en vain qu'elle veut y mettre quelque obstacle ; Le cœur des malheureux n'est qu'un trop siir oracle ; Mais pourquoi m'alarmer? et quel est mon effroi? Puis-je, sans l'outrager, me défier d'un roi Qui semble désorniais, cédant à la nature, Oublier qu'à sa gloire on ait fait une injure?
L'oublier! ah! moi-même oublié-je aujourd'hui Ce qu'il voulait de moi, ce que j'ai vu de lui? Puis-je en croire une paix déjà sans fruit jurée? Dès qu'il faut pardonner, n'attendons rien d'Atrée. Je ne connais que trop ses transports furieux, Et sa fausse pitié n'éblouit point mes yeux. C'est en vain de sa main que je reçois un père : Tout ce qui vient de lui cache quelque mystère. J'en ai trop éprouvé de son perfide cœur, Pour oser sur sa foi déposer ma frayeur. Je ne sais quel soupçon irrite mes alarmes ; [mes. Mais du fond de mon cœur je sens couler mes lar- Thessandre ne vient point: tant de retardements Ne confirment que trop mes noirs pressentiments. Mais je le vois.
PLISTHÈNE, THESSANDRE.
PLISTHÈNE.
Eh bien ! en est-ce fait, Tbessandre ? Sur les bords de l'Euripe est-il temps de nous ren- Pour cet heureux moment as-tu toulpréparé? [dre? De nos amis secrets t'es-tu bien assuré?
THESSANDRE.
Il ne tient plus «lu'à vous d'éprouver leur courage ; Je les ai dispersés, ici, sur le rivage; Tout est prêt. Cependant, si Plisthène aujourd'hui Veut en croire des cœurs pleins de zèle pour lui, Il ne partira point : ce dessein téméraire Pourrait causer sa perte et celle de son père.
PLISTHENE.
Ah ! je ne fuirais pas, quel que fût mon effroi. Si mon cœur aujourd'hui ne tremblait que pour moi: Thessandre, il faut sauver mon père etlaprincesse; Ce n'est plus que pour eux que mon cœur s'intéresse. Cherche Théodamie, et ne la quitte pas ; Moi, je cours retrouver Thyeste de ce pas.
THESSANDRE.
Eh ! que prétendez-vous, seigneur, lorsque son frère Semble de sa présence accabler votre père? 11 ne le quitte point ; ses longs embrassements Sont toujours resserrés par de nouveaux serments Un superbe festin par son ordre s'apprête ;