SCÈNE
ATRÉE, PLISTHÈNE, gardes.
ATRÉE
Demeure, digne fils d'.Eiope et de Thyeste ; Demeure, reste impur d'un sang que je déteste. Pour remplir de tes soins le projet important, Demeure : c'est ici que Thyeste t'attend ; Et tu n'iras pas loin pour rejoindre, perfide, Les traîtres qu'en ces heux arme ton parricide. Prince indigne du jour, voilà donc les effets Que dans ton ànie ingrate ont produits mes bieri- A peine le destin te redonne à ton père, [fails ! Que ton cœur aussitôt en prend le caractère; Et plus ingrat que lui, puisqu'il me devait moins. L'attentat le plus noir est le prix de mes soins. Va, pour le prix des tiens, retrouver tes complices ; Va périr avec eux ilans l'horreur des supplices.
PLISTHÈNE.
Pourquoi me supposer un indigne forfait ? Est-ce pour vos pareils (jue le prétexte est fait? Vosreproches honteux n'ontrien qui mesurpreiuie, Et je ne sais que trop ce que peut voire haine. Aui'ais-je prétendu, né d'un ijang odieux, Vous être plus sacré que n'ont été les dieux? A travers les détours de votre àme parjure, J'entrevois des horreurs dont frémit la nature. Dans la juste fureur dont mon cœur est épris... Mais non, je me souviens que je fus votre tils. Malgré vos cruautés, et malgré ma colère, Je crois encore ici m'adresser à mon père.
8 8 ATRÉE ET TUYESTE.
Quoique trop assuré de ne point l'attendrir, Jl' sens bien que du moins je ne dois point l'aigrir, Dans l'espoir que ma mort pourra vous satisfaite, Que vous épargnerez votre malheureux frère. Le crime supposé qu'on m'impute aujourd'hui, Tout, jusqu'à son départ, est un secret pour lui. Sur la foi d'une paix si saintement jurée. Il se croit sans péril entre les mains d'Atrée : Jai pénétré moi seul au fond de votre cœur; El mon malheureux père est encore dans l'erreur. Je ne vous parle point d'une jeune princesse; A. la faire périr rien ne vous intéresse.
ATRÉE
Va, tu prétends en vain t'éclaircir de leur sort ; Meurs dans ce doute affreux plus cruel que la mort : De leur sort aux enfers va chercher qui t'instruise. Oîi l'on doit l'immoler, gardes, qu'on le conduise; Versez à ma fureur ce sang abandonné, Et songez à remplir l'ordre que j'ai donné.