‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 16 sur 454 · XXVIII NOTICE SUR CRLIBILLON · texte numérisé non relu

XXVIII NOTICE SUR CRLIBILLON

« (liez que j'allais vous faire une lecture de Catilina; «. point du tout, c'est Electre que je donne cette année, « et je ne ferai paraître Catilina que l'année pro- « chaîne. » Ce changement bizarre fut ainsi commenté par un railleur: « Vous croyiez d'abord, mcs- « sieurs, qu'on allait jouer Catilina; on vous donne le « change en répandant le bruit que ce serait E/eciz-e; « il n'en est rien. M. de Voltaire va vous donner « Atrée et Thyeste, afin de vous surprendre davann tage. »

La prédiction était plus juste que ne le croyait luimême, au mois de novembre 1749, l'auteur de cette facétie. Car, par une coïncidence trop répétée pour qu'on l'imputât au hasard, sur "les neuf tragédies connues de Crébillon, Voltaire en a refait cin([ : Sémiramis (1717), en 1748; Electre (1708), sous le titre di'Oreste en 1750 ; Catilina (1748), sous le titre de Rome saiive'e (1750) ; le Triumvirat (1754), en 1765 ; enfin Atrêe et Thyeste (1707), sous le titre des Pélopides (1773).

Ici se place un nouveau contact entre Crébillon et Voltaire, brièvement raconté par l'éditeur de Kehl : « Crébillon était censeur des théâtres ; M. de Voltaire « fut donc obligé de lui présenter sa tragédie « [Oreste) (1). — Monsieur, lui dit Crébillon en la lui « rendant, j'ai été content du succès d'Electre; je « souhaite que le frère vous fasse autant d'honneur « que la sœur m'en a fait. « La rencontre est piquante; l'altitude des deux rivaux s'y dessine avec correction, de la part de Voltaire, accomplissant en personne une démarche obligée, et de la part de Crébillon régalant son illustre confrèro d'un compliment dont la politesse n'est peut-être pas exempte d'ironie. D'Alembert, rappelant cette entrevue si simple, dans son Éloge de Crébillon, crut devoir l'embellir, bien entendu à l'avantage de Voltaire, ((ui, à l'en croire, aurait demandé Crébillon comme censeur, et là-dessus il ajoute avec sérénité : « Tels étaient les sentiments « réciproques de deux hommes, qu'une cabale odieuse « cherchait à désunir. » Dans le temps que d'Alembert écrivait ces lignes étonnantes, Crébillon était mort; Voltaire ne le craignait plus; le comble de l'habileté, n'était-ce pas d'opérer entre eux une réconciliation posthume, et de rejeter sur une * cabale

(1) Ueprésentée le 12 janvier 1750,

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