SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. XXIX
odieuse >> les torts que Voltaire s'était donnés envers le Nestor des lettres françaises ?
Quoi qu'il en soit, le nouveau Catilina et la nouvelle Electre n'ajoutèrent rien à la gloire de Voltaire, non plus qu'elles ne diminuèrent la gloire ni le crédit de Crébillon. Voltaire, découragé, accepta les offres du roi de Prusse et quitta la France. A travers les contradictions dont sa correspondance fourmille, et qu'expliquent les complications de son immense rôle littéraire, politique et philosophique, nous avons son aveu catégorique sur un point qui se rattache si intimcmenlàla biographie de Crébillon.
11 écrivait un jour de Berlin (27 janvier 17.S2) au maréchal duc de Richelieu : " Madame de Pompadour m'a écrit que mes amis avaient fait ce qu'ils avaient pu pour lui faire croire que je n'avais quitté la France que parce que j'étais au désespoir qu'elle protégeât Crébillon. Ce serait bien là une autre folie, dont assurémentje suis incapable. »
Voilà la dénégation. Maintenant %'oici l'aveu. C'est dans une lettre datée de Ferney, février 17G2, qu(î je le trouve : « Il faut permettre à Crébillon le radotage et l'envie : le bonhomme est un peu fâché qu'on se soit enfin aperçu qu'une partie carrée ne sied point dans Electre. Je voudrais, pour la rareté du fait, que vous eussiez lu ou que vous lussiez son Catilina, que madame de Pompadour protégea tant, par lequel on voulut m'écraser, et dont on se servit pour me faire avaler des couleuvres dont on n'aurait pas régalé Pradon. C'est ce qui me fit aller en Prusse, et ce qui me tient encore éloigné de ma patrie. »
Catilina était devenu l'obsession de ce grand esprit; au moment où l'on répétait sa pièce, il éclatait en doléances préventives : « 11 est juste que le Catilina de Crébillon soit honoré et le mien honni... Crébillon m'a d'ailleurs enlevé la fleur de la nouveauté. Je n'ai ni. ..ni... ni le style coulant et enchanteur que fitréussir sa pièce. Je dois trembler Je n'envie point assurément le nectar qu'on a versé aux Duel s auxCrébillons,ni le petit verre qu'on a donné aux Moncrifs ; mais je "voudrais qu'on ne me donnât pas une éponge avec du vinaigre.» Cinq ans plus tard (3 mars i7.S7)il écrivait encore à Thiriot : « Jouissez de tant de charmes et dotant de gloire, messieurs les parisiens, et applaudissez, encore au Catilina de Crébillon ! »