‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 18 sur 454 · XXX NOTICE SDR CRÉBILLON · texte numérisé non relu

XXX NOTICE SDR CRÉBILLON

Cependant Crébillon, voulant prouver que la longue gestation de Catilina n'était pas un signe de l'épuisement de son génie, fit représenter le Triumvirat^ le 29 décembre 1754. Il accomplissait alors sa quatrevingtième année. Ce dernier ouvrage n'eut que dix représentations, bien que l'on y reconnût de sérieuses beautés. Crébillon, incroyablement actif et confiant dans l'avenir, entreprit sur-le-champ une autre tragédie toute d'imagination, intitulée Cléomèdcs. Mais il n'en composa jamais que trois actes, et l'on n'en a rien connu ni conservé.

Les dernières années de Crébillon furent encore marquées, sinon troublées, car il ne paraissait pas s'en émouvoir beaucoup, par les attaques des auteurs dont il avait censuré les ouvrages. Collé, qui passait pour l'un de ses meilleurs amis, comme il l'était de son fils, avec plus de convenance d'âge, le traitait, dans le secret de son journal manuscrit, de lâche esclave et de bas valet ; son crime était d'avoir biffé une trentaine de vers déclamatoires contre les rois et les prêtres, contenus dans une certaine tragédie à'Amenophis, représentée le 12 novembre 17.'>0, et reçue de telle façon que l'auteur, dont Collé s'était fait le patron et le fondé de pouvoirs, jugea prudent de garder décidément l'anonyme. Certes, la situation d'un homme de lettres jugeant ses pairs et ses rivaux était fort délicate, et ne serait pas tolérée aujourd'hui; mais si nous avons conquis, assez chèrement, les mœurs de la liberté de la presse, on ne saurait sans quelque injustice reprocher aux écrivains de 1750 de ne les avoir point pratinuées . Si Crébillon nous apparaît assez diminué lorsqu'il allègue pour sa défense que des indulgences un peu trop fortes envers ses confrères lui ont fait perdre des gratifications et une pension; si nous plaignons sa vieillesse d'avoir subi le joug humiliant du ministère et de la lieutenance de police, cependant, sachons nous éviter la duperie d'indignations rétrosp !clives. Le croirait-on? l'auteur anonyme d'Amenophis, l'attendrissante victime de cette inquisition sur les pièces de théâtre et sur la librairie tout entière, que dénonçait Collé, se nommait Saurin, et était luimime l'un des plus anciens collègues de Crébillon eu qualité de censeur royal et de la police! Aussi gurda-t-il le silence.

C'est ce qu'il ne fallait pas espérer de Voltaire ,

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