ACTE IV, SCÈNE JII
Princesse, c'est à VOUS d'assurer nos projels. Fl.'itlez-le d'un hymen si doux à ses souhaits : r,'esl sous ce faux espoir c[u'il faut que votre haitie Au temple où je l'attends ce jour même l'entraîne. Mais, en flattant ses vœux, dissimulez si bien. Que de tous nos desseins il ne soupçonne rien.
ELECTRE
L'entraîner aux autels ! Ah ! projet qui m'accable I Ilys y périrait; Itys n'est point coupable.
PALAMÈDE. [sort,.
Il ne l'est point, {grands dieux ! Né du sang dont ;1 Il l'est plus qu'il ne faut pour mériter la mort. Juste ciel ! est-ce ainsi que vous vengez un père'* L'un tremble pour la sœur, el. l'autre pour le frère ! L'amour triomphe ici ! Quoi ! dans ces lieux cruels Il fera donc toujours d'illustres criminels! Est-ce donc sur des cœurs livrés à la vengeance Qu'il doit un seul moment signaler sa puissance? Rompez l'indigne joug qui vous tient enchaînés : Eh ! l'amour est-il fait pour les infortunés? Il a fait les malheurs de toute votre race : Jugez si c'est à vous d'oser lui faire grâce, [prend, Sonf;ez, pour mieux dompter le feu qui vous sur- Que le crime qui plaît est toujoui's le plus grand ; Faites voir qu'un grand cœur que l'amour peut sé-
[duire Ne manque à son devoir que pour mieux s'en ins- Ne vous attirez point le reproche honteux [truire ; D'avoir pu mériter d'être si malhouif^nx. Peut-êtr-^ sans l'amour seriez-vous plus sévères. "Vous savez sur les fils si l'on poursuit les pères. Songez, si le supplice en est trop odieux, Que c'est du moins punir à l'exemple des dieux. Mais je vois que l'honneur qui vous en sollicite, De nos amis en vain rassemble ici l'élite : C'en est fait; de ce pas je vais les disperser. Et conserver ce sang que vous n'osez verser. En elfet, que m'importe à moi de le répandre? [dre. Ce n'est point malgré vous que je dois l'entrepren- Pour venger vos affronts j'ai fait ce que j'ai pu ; Mais vous n'avez point fait ce que vous avez dû.
ELECTRE
Ah! seigneur, arrêtez; remplissez ma vengeance : Je sens de vos soupçons que ma vertu s'offense. Percez le cœur d'Itys, mais respectez le mien :
CliLUlLLO.N. 5
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Il n'est point retenu par un honteux lien; Et quoique ma pitié fasse pour le défendre [dre, Tout ce qu'eût fait l'amour sur le cœur le plus len- Ce feu, ce même feu dont vous me supçonnez, Loin d'arrêter, seigneur...
palâmède.
Madame, pardonnez :
J'ai peut-être à vos yeux poussé trop loin mon zèle ; Mais tel est de mon cœiu' l'empressement fidèle. Je ne hais point Itys, et sa fière valeur Pourra seule aujourd'hui faire tout son malheur. Oreste est généreux ; il peut lui faire grâce, J'y consens : mais d'Itys vous connaissez l'audace ; 11 défendra le sang qu'on va faire couler : Cependant il nous faut périr ou l'immoler. Et ce n'est qu'aux autels qu'avec quelque avantage On peut jusqu'au tyran espérer un passage, La garde qui le suit, trop forte en ce palais, Rend le combat douteux, encor plus le succès, Puisque votre ennemi pourrait encor sans peine. Quoique vaincu, sauver ses jours de votre haine : Mais ailleurs, malgré lui par la foule pressé, Vous le verrez bientôt à vos pieds renversé.
ORESTE
Venez, seigneur, venez : si l'amour est un crime. Vous verrez que mon cœur en est seul la victime ; Qu'il peut bien quelquefois toucher les malheureux. Mais qu'il est sans pouvoir sur les cœurs généreux.
PALAMÈDE
Il est vrai, j'ai tout craint du feu qui vous anime; Mais j'ai tout espéré d'un cœur si magnanime; Et je connais trop bien le sang d'Agamemnon, Pour soupçonner qu'Oreste en démente le nom. Mon cœur, quoique alarmé des sentiments du vôtre. N'en présumait pas moins et de l'un et de l'autre. Si de votre vertu ce cœur a pu douter. Mes soupçons n'ont servi qu à la faire éclater. Mais, pour mieux signaler ce que j'en dois attendre. Après moi chez Arcas, seigneur, daignez vous ren- Vous me verrez bientôt expirer à vos yeux, [dre : Ou venger d'un cruel, vous, Electre, et les dieux.
ORESTE
Adieu, ma sœur; calmez la douleur qui vous presse; Vous savez à vos pleurs si mon cœur s'intéresse.