‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 174 sur 454 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ÉLEGTIIE.

Tandis qu'en ce palais mon hymen se prépare, Dieux! quel trouble secret de mon âme s'empare Le sévère devoir qui m'y t'ait consentir Est-il si tôt suivi d'un honteux repentir? Croirai -je qu'un amour proscrit par tant de larmes, Puisse encor me causer de si vives alarmes? [cœur Non, ce n'est point l'amour ; l'amour seul dans un Ne pourrait exciter tant de trouble et d'horreur : Non, ce n'est pas un feu dont ma fierté s'irrite... Ah ! si ce n'est l'amour, qu'est-ce donc qui m'agite ? Un amour si longtemps sans succès combattu Voudrait-il d'aujourd'hui respecter ma vertu? Festins cruels, et vous, criminelles ténèbres. Plaintes d'Agamemnon, cris perçants, cris funè- Sang que j'ai vu couler, pitoyables adieux, [bres, Soyez à ma fureur plus qu'Oreste et les dieux : Échauffez des transports que mon devoir anime : Peignez à mon amour un héros magnanime... Non, ne me peignez rien; effacez seulement Les traits trop bien gravés d'un malheureux amant, D'une injuste fierté trop conslante victime, Dont un père inhumain fait ici tout le crime, Toujours prêt à défendre un sang infortuné, Aux caprices du sort longtemps abandonné. On vient. Hélas ! c'est lui. Que mon àme éperdue S'attendrit et s'émeut à cette chère vue ! Dieux, qui voyez mon cœur dans ce triste moment, Ai-je assez de vertu pour perdre mon amant?

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