‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 22 sur 454 · XXXIV NOTICE SUR CRÉBILLON · texte numérisé non relu

XXXIV NOTICE SUR CRÉBILLON

L'imaginaire Hurtanx manquait par trop de vraisemblance, Voltaire découvrit mieux. Il plaidait alorr à Dijon pour je ne sais quelle chicane à propos de Bon église de Ferney ; son avocat, M. Arnoult (le même, je crois, qui souleva la question des renonciations du traité d'Utrecht dans l'Assemblée constituante de 1789), le mit en relation avec un jeune magistrat, qui consentit à endosser un scandale certain et une gloire suspecte. Voltaire, enchanté, annonce fiévreusement cette bonne nouvelle à Damilaville (24 août 1761) : « Monsieur Le Gouz, maître des comptes à « Dijon, jeune homme qui aime les arts et les Ca- « couacs, veut bien qu'on sache que le Droit du Sei- « gneur, aliàs l'Ecueil du Sage, est de lui. Il m'envoie « cette petite addition et correction que les Frères jucc geront absolument nécessaire. Je crois que la pièce « de M. Le Gouz restera au théâtre, et qu'ainsi le nom « de philosophe y restera en honneur. Il est absolu- « ment nécessaire que M. Le Gouz soit reconnu. Il « compte enjoliver cette petite drôlerie par une pré- « face en l'honneur des Gacouacs, qui sera un peu « ferme et qui parviendra en cour, comme dit le a peuple. Il y aura aussi une cpître dédicatoire, qui « ira en cour. Mais si un gros fin de Préville s'obstine « à dire qu'il croit l'ouvrage d'un nommé V. . ., tout •< est manqué, tout est perdu. Il est absolument nëces- « saire qu'on ne me soupçonne pas de ce que je n'ai pas « fait. On doit faire entendre aux Comédiens qu'ils se « font grand tort à eux-mêmes en s'opiniâtrant à me « charger de cette iniquité. C'est M. Le Gouz, vous « dis-je, quia fait cette c.rie. » Voltaire était passé maître en ces sortes de mystifications, qu'il soutenait avec un aplomb imperturbable, tout en mourant de peur qu'on ne le crût sur parole. Mais en vérité, la phrase <x il est absolument nécessaire qu'on ne me « soupçonne pas de ce que je n'ai pas fait » peut passer pour le?iee plus ultra delà fourberie. Mascarillc, Tartuffe et Sbrigani oseraient à peine aller si loin.

Donc, voilà que la Comédie présente la pièce du jeune M. Le Gouz à la censure, et le malheur veut qu'elle soit distribuée à Crébillon. Prévenu ou non, Crébillon ne vit dans le Droit du Seigneur que ce que tout autre censeur y aurait vu à sa place et que ce que Voltaire y avait voulu mettre. Il ^ugea la pièce indécente et contraire aux mœurs. On devine la fureur de

Page 1