‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 24 sur 454 · XXXVI NOTICE SUR CRÉBILLON · texte numérisé non relu

XXXVI NOTICE SUR CRÉBILLON

d'un acte tout entier. La pièce fut représentée le 18 février 1762, et tomba tout à plat. « Si l'on n'eût su qu'elle était de M. Voltaire, a dit un écrivain du temps, on ne l'aurait pas supportée jusqu'au bout » (1).

Naturellement, c'est encore à Crébillon que Voltaire impute la responsabilité de cette lourde chute. 11 écrit de Ferney à madame de Fontaine : « On a mutilé, « estropié trois actes du Droit du Seigneur à la police. « C'est le bonhomme Crébillon qui a fait le carnage, « croyant que ces gens-là étaient mes sujets. » Et, dans l'excès de sa colère, il fait à sa nièce l'aveu que j';ii déjà cité, que sa rivalité malheureuse uvec Crébillon fut le vrai motif de son voyage en Prusse, et que c'est elle qui le retient encore loin de sa patrie.

C'en fut le dernier épisode.

Depuis lepremierjour de l'année 1762, Crébillon, demeuré jusque-là aussi sain d'esprit que de corps, avait été atteint d'un érysipèle aux jambes ; le mal lit des progrès rapides, malgré les soins de son chirurgien, le célèbre Pibrac. On jugea tout d'abord le danger si grave qu'on fit appeler le curé de l'église Saint-Gervais, qui, après l'avoir préparé pendant quinze jours, lui administra le 29 janvier les derniers saciements. Il demeurait depuis plus de vingt ans sur cette paroisse, dont le vénérable curé, François Feu, doyen du clergé de Paris, venait de mourir nonagénaire. Son successeur, l'abbé Romain-Thomas Bouillerot, nommé en 17G1, se trouvait, au contraire, le plus jeune des curés de Paris : faut-il croire qu'il apporta dans ses nouvelles fonctions l'ardeur d'un zèle que l'expérience ne pouvait modérer encore ? Je ne serais pas éloigné d'admettre une telle supposition, qui, n'ayant pas en-

(1) L'abbé delà Porte, Tablettes dramatiques. Le récit des précautions prises par Voltaire, tel que j'en ai puisé les éléments dans sa correspondance, prouve qu'il n'y a pas un mot de vrai dans l'anecdote des Comédiens refusant la pièce à un jeune homme inconnu et la recevant ensuite avec admiration et respect des mains de M. de Voltaire, anecdote mise en circulation par les Mémoires secrets sous la date du 7 janvier 1782. C'est assez la coutume de ce recueil si vanté et qui ne mérite aucune con- (tance.

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