ACTE II, SCÈNE III. ÎOl
Fait plus d'usurpateurs que de rois légitimes. Si la valeur, plutôt que la splendeur du sang, Au-dessus des humains pouvait nous faire un rang, Il n'est point de soldat qu'un peu de gloire inspire, Qui ne pût, à son tour, aspirer à l'empire. En vain sur vos exploits vous fondez votre espoir. Vous voilà revêtu de l'absolu pouvoir ; Mais comment?etpar qui? Seigneur, une couronne N'est jamais bien à nous si le sang ne la donne. La reine, comme moi, sort de celui des dieux; Elle règne : est-ce assez pour oser autant qu eux ? Imitons leur justice, et non pas leur puissance: L'équité doit régler et peine et récompense. Quoi qu'il en soit, parmi de peu dignes aïeux Ma fille n'ira point mêler le sang des dieux. Sur un sang aussi beau si votre amour se fonde. Venez la disputer au souverain du monde.
AGÉNOR. [yeux :
L'orgueil de ces grands noms n'éblouit point mes Le mien, sans ce secours, est assez glorieux Pour ne rien voir ici dont ma fierté s'étonne. Un guerrier généreux que la vertu couronne Vaut bien un roi formé par le secours des lois : Le premier qui le fut n'eut pour lui que sa voix. Quiconque est élevé par un si beau suffrage Ne croit pas du destin déshonorer l'ouvrage. Seigneur, à Ténésis je réservais ma foi, Parce que mon amour la crut digne de moi : J'ai voulu vous l'offrir, dans la crainte peut-être De me voir obligé de vous donner un maître. La reine m'offre ici l'empire avec sa main : Puisque vous m'y forcez, ce sera dès demain; Ne fût-ce qu'à dessein, seigneur, de vous instruire Qu'un soldat n'en est pas moins digne de l'empire.
BÉLDS.
Hé bien! poursuivez donc, tâchez de l'obtenir; Mais songez aux moyens de vous y maintenir.
(Il sort.) AGÉNOR, seul.
Ah! dût-il m'en coûter le repos de ma vie, Je veux de leurs mépris punir lignominie. La reine vient : parlons, irritons son ardeur, Associons r.ia haine aux transports de son cœur Employons, s'il se peut, à flatter sa tendresse Le moment de raison que mon dépit me laisse»
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