‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 244 sur 454 · ACTE II, SCENE IV. · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV.

C'est de vous que j'attends cet iniporlant service. Vous, pour qui seulicij'ordonne son supplice, [ports Seiit;neur,vousvoustroublez!Jeuesais quels trans- Eclatent dans vos yeux malgré tous vos efforts.

AGÉNOR

Reine, je l'avouerai qu'à regret contre un frère Mon bras vous prêterait ici son ministère : Non que de vous servir il néglige l'emploi, Mais daignez le commettre à quelque autre que moi. Vous ne m'en verrez pas moins prompt à vous dé-

[fendre, Contre des jours si chers si l'on ose entreprendre.

skuirâmis.

Ah! seigneur, ce n'est pas l'intérêt de mes jour^ Qui me fait d'un héros implorer le secours. Plût au ciel que Bélus n'en voulût qu'à ma vie! D'un courroux moins ardent on me verrait saisie. Mais, hélas! le cruel attaque en sa fureur Tout ce qui fut jamais de plus cher à mon cœur : Ce n'est qu'à le sauver que ma tendresse aspire, Et ce n'est pas pour moi que je défends l'empire. Seigneur, si Ténésis eût rempli mon espoir, Mon cœur n'aurait plus rien à vous l'aire savoir; Et le vôtre du moins, plein de reconnaissance, Rassurerait du mien la timide espérance.

AGÉNOR

La princesse a daigné, dans un long entretien...

SÉMIRAMIS

Hé quoi! vous l'avez vue, et ne m'en dites rien! On sait tout; cependant on garde un froid silence! On se trouble, on soupire, et même en maprésence ! Quels regards ! quel accueil ! et qu'est-ce que je vois? Sans doute on vous aura prévenu contre moi. Ah! seigneur, pardonnez ces pleurs à mes alarmes, Et n'accusez que vous de mes premières larmes. AGÉNOR. [dieux,

Quand on est, comme vous, si ressemblante aux Dans le cœur des mortels on devrait lire mieux. Que n'en doit point attendre une reine si belle? Quel cœur à ses désirs pourrait être rebelle ? Sans vous oii'rir ici des soupirs ni des soins, Peut-être qu'Agénor n'en aimera pas moins. Son cœur, népour la guerre et non pour la tendresse, Des camps qui l'ont nourri garde encor la rudesse; Et ie crois qu'en efl'et vous n'en attendez pas

20 4 SÉMIIIAMIS.

Dos vulgaires anianls les frivoles éclats :

Mais tel qu'il est enfin, si ce cœui peut vous plaire,

J'accepte tous les dons que vous voulez me faire.

SÉMIRAMIS

Que vous me rassurez par un aveu si doux! Qu'avec crainte, seigneur, j'ai paru devant vous ! Hélas! sans se tlalter, une reine coupable Pouvait-elle espérer de vous paraître aimable? Pour toucher votre cœur,.ie n'ai que mes transports ; Pour me justifier, je n'ai que mes remords. Mais quedis-je? etpourquoi me reprocherun crime Que mon amour pour vous va rendre légitime? Si jamais dans le sang mes mains n'eussent trempé, Si quelque heureux forfait ne me fût échappé, Je ne goûterais pas la douceur infinie De pouvoir vous aimer le reste de ma vie. Venez, seigneur, venez donner à l'univers. Qui me vit si longtemps lui préparer des fers, Un spectacle pompeux qu'il n'osait se proinoltre : C'est de voir à son tour un mortel me soumettre. Venez, par un hymen si cher à mes souhaits, Du pertide Bélus confondre les projets.

Par ces nœuds, dont je cours hâter l'auguste fête, Venez de l'univers m'annoncerla conquête. Hélas! je l'ai privé du plus grand de ses rois, Mais je lui rends en vous plus que je ne lui dois.

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