‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 257 sur 454 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

Je trouve à vous le dire une douceur extrême ; Et l'amour n'a point cru déshonorer mon cœur En y faisant pour vous naître une vive ardeur. Mais, hélas! cet aveu, si doux en apparence, N'en doit pas plus,sei gneur, flatter votre espérance : Je ne sais point former de parjures liens. Quoiqu'un âge bien tendre ait vu serrer les miens 11 n'en est pas moins vrai qu'un funeste hyménée Aux lois d'un autre époux soumet ma destinée.

AGÉNOR

Vous, madame ?

TÉNÉSIS .

Et j'ai cru devoir vous révéler Ce qu'ici vainement je voudrais vous celer. Ce serait vous trahir...

AGÉNOH.

Ah ! cruelle princesse, De quel barbare prix payez-vous ma tendresse! Et puisque enfin j'allais abandonner ces lieux, Pourquoi me dévoiler ces secrets odieux?

TÉNÉSIS .

Trop d'espoir eût séduit votre âme généreuse.

AGÉNOR

Mais il en eût rendu la douleur moins affreuse. Hélas ! que le destin, en unissant nos cœurs, S'est bien fait un plaisir d'égaler nos malheurs! Comme vous à l'hymen engagé dès l'enfance, Cependant de ses nœuds j'ai bravé la puissance; Et de tous les serments dont j'attestai les dieux, Je n'ai gardé que ceux que je fis à vos yeux. Quelle était cependant celle à qui l'hyménée Du parjure Agénor joignit la destinée?

J'ignore encor son nom; mais je sais que jamais La jeunesse ne vit briller autant d'attraits. S'ils ont pu se former, qu'elle doit être belle! La seule Ténésis l'emporterait sur elle. Que vous plaindrez mon sort à ce fatal récit! Près de Sinope...

TÉNÉSIS.

G ciel ! quel trouble me saisit!

Ne fut-ce point, seigneur, près d'un antre terrible, Des décrcls du destin interprète invisible?

AGÉNOR

C'est là, pour la première et la dernière fois. Que je vis la beauté qu'on soumit à mes lois.

^18 SÉMIRAHIS.

Dupyrope éclatant sa tête était ornée :

Sans pompe cependant elle fut amenée.

Un mortel vénérable, et dont l'auguste aspect

Inspirait à la fois la crainte et le respect,

Conduisait à l'autel cette jeune merveille;

Age peu différent, suite toute pareille,

Un prêtre, deux vieillards, nul esclave près d'eux.

TÉNÉSIS .

Mais, seigneur, à l'autel ne vit-on point vos mères?

AGÉNOR

L'un et l'autre avec nous nous n'avions que nos pères.

TÉNÉSIS.

Achevez.

AGÉNOR

J'ai tout dit.

TÉNÉSlS .

Hélas ! c'était donc vous?

AGÉNOR

Quoi! madame...

TÉNÉSIS.

Ah ! seigneur, vous êtes mon époux.

AGÉNOR

Moi, votre époux ! qui? moi, le fils de Mermécide!

TÉNÉSIS.

Ah ! seigneur, ce nom seul de notre hymen décide : Bélus m'en a parlé cent fois avec transport. De ce fils disparu plaignant toujours le sort. De celui des humams ce fils doit être arbitre.

AGÉNOR

Mon cœur est moins touché d'un si superbe titre, Que d'un bien...

TÉNÉSIS.

Terminons des transports superflus. Adieu, seigneur, adieu; je cours chercher Bélus. Les moments nous sont chers; il faut que je vous

[laisse,

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