ACTE I, SCÈNE III
Le sang de Nonius, versé près de ces lieux, Fume encore; et voilà l'encens qu'on otTre aux La sacrilège main qui vient de le répandre [dieux ! N'attend plus qu'un flambeau pour mettre Rome en
[cendre.
Ce n'est point Mithridate ennemi des Romains, Ni le Gaulois altiei- qui forme ces desseins ; Grands dieux! c'est une main plus fatale et plus Qui menace à la fois la patrie et mon père, [chère Ces excès de fureur, inconnus à Sylla, N'étaient faits que pour toi, traître Catilina.
CATILINA
D'un reproche odieux réprimez la licence. Madame, ou contraignez vos soupçons au silence : Songez, pour violer le respect qui m'est dû, Qu'il faut auparavant que je sois convaincu; Qu'il faut l'être soi-même, avant que d'oser croire La moindre lâcheté qui peut flétrir ma gloire ; Que l'amour est déchu de son autorité, Dès qu'il veut de l'honneur blesser la dignité. Souvenez-vous enfin qu'un généreux courage Pardonne à qui le hait, mais point à qui l'outrage.
TOLLIE .
Et qu'ai-je à redouter de ton inimitié? Tu ne me verras point implorer ta pitié, Cruel! tu peux porter à la triste Tullie Tous les coups que ta main réserve à la patrie. Borne tes cruautés à déchirer un cœur Qui s'est déshonoré par une lâche ardeur : Ce cœur que trop longtemps a souillé ton image, N'est plus digne aujourd'hui que d'opprobre et d'ou- Rien ne peut expier la honte de mes feux, [trage : Mais ne présume pas que ce cœur malheureux. Que tes fausses vertus t'ont rendu favorable, [ble: T'épargne un seul moment dèsqu'ilte sait coupa- Tu le verras plus prompt à s'armer contre toi, Qu'il ne le fut jamais à t'engager sa foi. Grands dieux! n'ai-je brûlé d'une flamme si pure, Que pour un assassin, un rebelle, un parjure? Et le barbare encore insulte à ma douleur ! Il veut que mon devoir respecte sa fureur ! Mais, cruel, mon amour n'en sera point complice ; Dût-on charger ma main du soin de ton supplice, Je n'hésiterai point à te sacrifier.
Tu n'as plus qu'un moment à te justifier.
240 CATILINA
CATILINA
Eh! de quoi voulez-vous que je me justifie ?
TULLIE
D'un complot qui bientôt te coûtera la vie. Mais, puisque ton orgueil s'obstine à le nier, Et que lu me réduis, traître, à l'humilier : Esclave, paraissez.