‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 292 sur 454 · SCÈNE 111 TULLIE, CATILINA · texte numérisé non relu

SCÈNE 111 TULLIE, CATILINA

Arrêtez un moment ; j'ai deux mots à vous dire. Cependant, à l'effroi que votre accueil m'inspire, Je ne sais si je dois m'expliquer avec vous. "Victimes tous les deux d'une amante en courroux, Si mes cruels soupçons vous ont fait une offense. N'en accusez que vous et votre fier silence; Car vous pouviez d'un mot désabuser mon cœur. Pourquoi, loin d'éclaircir une funeste erreur, Me cacher, aux dépens de toute mon estime, Un témoin dont le nom vous eût absous du crime, El que rendait suspect son amour irrité?

«56 CATILINA

Vous savez de mes mœurs quelle est l'austéritc; Qu'enchaînée aux devoirs d'une innocente vie, Je n'ai jamais connu que le nom de Fulvie. Que ne m'épargniez-vous la honte et le remords D'avoir trop écouté ses coupables transports? Fallait-il exposer une àme vertueuse A servir les fureurs d'une àme impétueuse ?

CATILINA

Ah ! je n'étais déjà que trop humilié De voir à vos mépiis mon rang sacrifié, Sans vous faire rougir d'une indigne rivale.

TULLIE

Dût sa haine aujourd'hui m'être encor plus fatale, Malgré voire courroux, je veux vous engager A respecter ses feux, même à la ménager. D'un pareil ennemi vous n'avez rien à craindre ; Et son sexe, et son nom, tout m'oblige à la plaindre. Ainsi, loin d'insulter a son déguisement. Faisons-la de ces lieux sortir secrèlement. Vous n'avez contre vous de témoin que Fulvie, Et l'on n'en croira point sa folle jalousie. Loin de vous présenter l'un et l'autre au sénat, Évitez pour moi-même un dangereux éclat. Que vous reviendrait-il d'une faible victoire Qui, loin de l'embellir, flétrirait votre gloire? Croyez-moi, méprisez une amante en fureur, [cœur. Qui d'ailleurs ne voulait que vous perdre en mon

CATILINA

Lorsqu'on ose attaquer mon honneur et ma vie. Vous voulez qu'en tremblant je me cache ou je fuie ; Que, laissant le champ libre à l'insensé Caton, Je souffre qu'en public il flétrisse mon nom; Que j'éloigne Fulvie, afin que voire père. Sur son absence même, au sénat me défère ? Comment ! lorsque vous-même, échauffant sa fu-

[reur, Vous me livrez au peuple, et me perdez d'honneur, Que sur de faux rapports déjà l'on délibère, Que contre moi Caton éclate sans mystère: Vous voulez que, témoin de leur emportement. J'attende du sénat quelque ménagement; Que le consul, enfin, touché de mon absence. Ou ne m'accuse point, ou prenne ma défense Ah ! ne présumez pas que leur mauvaise foi Paisse m'en imposer et triompher de moi.

Page 1