‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 296 sur 454 · SÉNATEURS · texte numérisé non relu

SÉNATEURS

CICÉRON

Arbitres souverains de Rome et de ses lois, Qui parmi vos sujets comptez les plus grands rois. Je ne viens point ici, jaloux de votre gloire, Briguer avec éclat le prix d'une victoire ;

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Le sort, à mes pareils prodiguant ses faveurs, Me réservait le soin d'annoncer des malheurs. De mon amour pour vous tel est le premiep gage, Et de mon consulat le funeste partage.

Tandis qu'enorgueillis par tant d'heureux travaux Vous pouviez méditer des triomphes nouveaux, De la terre et des mers vous promettre l'empire, Un seul homme à vosyeux travaille à vous proscrire, Pourrai-je sans frémir nommer Gatilina.

L'héritier des fureurs du barbare Sylla? Lui que la cruauté, l'orgueil et l'insolence N'ont que trop parmi nous signalé dès l'enfance'; Lui qui, toujours coupable et toujours impuni, Veut ce que n'eût osé l'univers réuni, Subjuguer les Romains? 0 vous que Rome adore, Et qui par vos vertus la soutenez encore! Vous, l'appui du sénat et l'exemple à la fois. Incorruptible ami de l'État et des lois, Parlez, divin Caton.

CATON

Eh! que pourrais-je dire En des lieux où l'honneur ne tient plus son empire, Ofi l'intérêt, l'orgueil, commandent tour à tour; Oti la vertu n'a plus qu'un timide séjour; Où de tant de héros je vois flétrir la gloire? Et comment l'univers pourra-t-il jamais croire Que Rome eut un sénat et des législateurs, Quand les Romains n'ont plus ni lois ni sénateurs? Où retrouver enfin les traces de nos pères [res? Dans des cœurs corrompus par des mœurs étrangè- Moi-même, qui l'ai vu briller de tant d'éclat. Puis-je me croire encore au milieu du sénat? Ah! de vos premiers temps rappelez la mémoire. Mais ce n'est plus pour vous qu'une frivolehistoire : Vous imitez si mal vos illustres aïeux, Que leurs noms sont pour vous des noms injurieux. Mais de quoi se plaint-on? Gatilina conspire! Est-il si criminel d'aspirer à l'empire, Dès que vous renoncez vous-mêmes à régner? Un trône, quel qu'il soit, n'est point à dédaigner. Non, non, Gatilina n'est pas le plus coupable. Voyez de votre État la chute épouvantable, Ce que fut le sénat, ce qu'il est aujourd'hui, Et le profond mépris qu'il inspire pour lui. Scipion, qui des dieu.x fut le plus digne ouvrage

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