‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 298 sur 454 · CRASSUS · texte numérisé non relu

CRASSUS

N'est-ce qu'en affectant de blâmer le sénat, Que Caton de son nom croit rehausser l'éclat? Mais il devrait savoir que l'homme vraiment sage Ne se pare jamais de vertus hors d'usage. Qu'aurions-nous à rougir des temps de nos aïeux? Si ces temps sont changés, il faut changer comme Et conformer nos mœurs à l'esprit de notre âge. [eux, Et qu'a donc perdu Rome à n'être plus sauvage? Rome est ce qu'elle fut : ses changements divers Ont-ils de notre empire affranchi l'univers? Non; car ce fier Sylla, d'odieuse mémoire. Même en l'asservissant, combla Rome de gloire. Mais c'est trop s'occuper de reproches honteux, Importunes leçons d'un censeur orgueilleux Qui se trompe toujours au zèle qui l'enflamme. Que Caton à son gré nous méprise et nous blâme ; M ';i lirons-nous désormais d'oracles que Caton, El les saintes fiayeurs qui troublent Cicéron? Oii sont vos ennemis? quoi péril vous menace? Un simple citoyen vous alarme et vous glace! A percer ses complotsj'apphque en vain nies soins Je vois plus de soupçons ici que de témoins. On dirait, à vous voir assemblés en tumulte,

Que Rome des Gaulois craigne encore une insulte, Et qu'un autre Annibalva marcher sur leurs pas. Où sont des conjurés les chefs et les soldats? Les fureurs de Caton et son impatience Dans le sein du sénat semant la défiance, On accuse à la fois Cépion, Lentulus, Dolabella, César, et moi-même Crassus.

Voyez de vos conseils jusqu'où va l'imprudence : On craint Catilina, cependant on l'offense ; Mais, plus vous le craignez, plus il faut ménager Un homme et des amis qui pourraient le venger. Et quel est, dites-moi, le témoin qui l'accuse? Une femme jalouse, et que l'amour abuse; Qui, sur les vains soupçons d'une infidélité, Veut surprendre à son tour votre crédulité; Qui, sans pudeur livrée à l'ardeur qui l'entraîne, Invente des complots pour flatter votre haine. Si je plains l'accusé, c'est parce qu'on le hait : Voilà le seul témoin qui prouve son forfait; Car la haine a souvent fait plus de faux coupables. Qu'un penchant malheureux n'en faitde véritables. Je dis plus, et quand même il serait criminel, Faut-il, comme Caton, être toujours cruel? Dans son sang le plus pur voulez-vous noyer Rome? Songez qu'un seul remords peutvous rendre un grand Langueur n'a jamais produit le repentir : [homme. Ce n'est qu'en pardonnant qu'on nous le fait sentir. Rome n'est plus au temps qu'elle pouvait sans crain- Immoler à la loi quiconque osait l'enfreindre, [dre D'ailleurs, il est toujours imprudent de sévir, A moins qu'en sûreté l'on ne puisse punir. De quatre légions qui campaient vers Préneste, Celle de Manlius est la seule qui reste. Quand le sénat devrait punir Catilina, Êtes-vous assurés que quelqu'un l'osera?

S'il échappe à vos coups, redoutez sa vengeance, Et des amis tout prêts d'embrasser sa défense. A des projets nouveaux n'allez pas l'inviter Par d'impuissants décrets qu'il saurait éviter. Pour l'intérêt public il faut qu'on lui pardonne, Et qu'à son repentir le sénat l'abandonne.

CATON

Si l'intérêt public décide de son sort,

Consul, qu'à l'instant môme on lui donne la mort.

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