‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 299 sur 454 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CATILTNA, ET LES précédents.

(Catilina entre brusquement par le milieu du sénat, qui se lève

à son aspect. Un moment après chacun reprend sa place.)

CATILINA

La mort! A ce décret je crois me reconnaître.

CATON

Tu le devrais du moins, puisqu'il regarde un traître.

CATILINA

Je ne sais qui des deux, dans ce commun effroi, Rome doit le plus craindre, ou de vous, ou de moi : Je la sauve, et Caton la perd par un faux zèle.

CICÉRON

Téméraire! au sénat quel ordre vous appelle?

CATILINA

Et qui m'empêcherait, seigneur, de m'y montrer? Sont-ce les ennemis que j'y puis rencontrer? Je n'en redoute aucun, ni Caton, ni vous-même.

CICÉRON

Quoi ! vous joignez encore à cette audace extrême Celle d'oser paraître en armes dans ces lieux !

Que mes armes, consul, ne blessent point vos yeux. Mais, sur ce nouveau crime avant que de répondre, Souffrez sur d'autres points quej'ose vous confondre, Auriez-vous oublié que je vous l'ai prorais? Quoiqu'à votre pouvoir vous ayez tout soumis, J'espère cependant qu'on daignera m'enlendre, Et c'est en citoyen que je vais me défendre. J'abdique pour jamais le rang de sénateur. Pardonnez, Cépion, Crassus, et vous, préteur; Antoine, à votre tour souffrez que je vous nomme Parmi les ennemis du sénat et de Rome. César ne paraît point, mais je vois Céthégus. Il ne nous manque plus ici qu'un Spartacus; Car entre nous et lui, grâce à son imprudence, Le vertueux Caton met peu de différence. Eh bieni pères conscrits, êtes-vous rassurés? Vous voyez d'un coup d'œil létat des conjurés. Leurs chefs et leurs soldats, cette nombreuse armée Dont Rome en ce moment est si fort alarmée, Ces périls enfantés par les folles erreurs

264 CATILWA.

D'an témoin dont Tullie adopte les fureurs. C'est sur ce seul témoin qu'une beauté si chère Me croit dans le dessein d'assassiner son père, D'égorger le sénat : et vous le croyez tous! Malheureux que je suis d'êlre né parmi vous! Sylla vous méprisait, et moi je vous déleste. De nos premiers tyrans vous n'êtes qu'un vil reste. Juges sans équité, magistrats sans pudeur, Qui de vous commander voudrait se faire honneur? Et vous me soupçonnez d'aspirer à l'empire, Inhumains, acharnés sur tout ce qui respire. Qui depuis si longtemps tourmentez l'univers! Je hais trop les tvTans, pour vous donner des fers.

CATON

A quoi te servirait cette troupe cruelle Que ton palais impur et vomit et recèle : Qui, le jour et la nuit semant partout l'effroi, Ministres odieux de tes fureurs...

CATILINA

Tais-toi.

Il est vrai qu'autrefois, plus jeune et plus sensible (Vous l'avez ignoré ce projet si terrible. Vous l'ignorez encor), je formai le dessein De vous plonger à tous un poignard dans le sein. L'objet qui vous dérobe à ma juste colère Ne parlait point alors en faveur de son père; Mais un autre penchant plus digne d'un Romain M'arracha tout à coup le glaive de la main : Je sentis, malgré moi, l'amour de la patrie S'armer pour des cruels indignes de la vie. Aujourd'hui, que tout doit rassurer les esprits, Une femme en fureur les trouble par ses cris; A ses transports jaloux tout s'alarme, tout tremble : Et c'est pour les servir que le sénat s'assemble! C'est sur ses vains rapports qu'un homme impétueux Veut perdre ce que Rome eut de plus vertueux! Orgueilleux citoyen, dont l'austère sagesse Est moins principe en lui qu'un fruit de sa rudesse; Tyran républicain, qui malgré sa vertu Est le plus dangereux que Rome ait jamais eu : Par lui seul, d entre nous la concorde est bannie; C'est lui qui, du sénat détruisant l'harmonie, Fomente la chaleur de nos divisions.

Et nous force d'avoir recours aux factions. Maisil veut gouverner. Hébien ! qu'il vous gouverne;

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