XLII NOTICE SUR CIÎÉBILLON
au célèbre sculpteur J.-B. Lemoyne, à qui l'on devait déjà un buste de Crébillon, d'après le portrait de La Tour exposé au Salon de 17G0. J'ignore si ce buste était identique à la terre cuite du même sculpteur, dont il existe une reproduction gravée par Auguste de Saint-Aubin, datée de 1770. Le biographe de l'édition Didot (an VII) assure que l'original en marbre décorait à cette époque le foyer de la Comédie-Française; mais il y a lien den douter, car le foyer public do la Comédie n'en possède aujourd'hui qu'une reproduclio'j, fort belle d'ailleurs, signée d'Huez, et ornée de cette inscription qui fait supposer que Le Moyne n'avait exécuté que la terre cuite : « D'après le modèle de RI. Le Moyne 1778.» Cette date est l'année même de la mort de Le Moyne. A quel état de projet ou d'avancement laissa-t-il le monument de Crébillon? on l'ignore. Ce fut aussi d'Uuez qui l'entreprit ou le continua. Alexandre Lenoir, dans le catalogue pour l'an VIII du Musée des monuments français, inscrit sous le n° 341, page 332, le « Monument élevé ù, Prosper « Jolyot de Crébillon, poète dramatique, mort en «t 1762 », avec cette note : « D'Huez, auteur de ce morte ceau, a représenté Melpomène en pleurs, appuyée « sur le buste de Crébillon. J'ai fait terminer ce mo- « nument qui était resté imparfait et sans place. Il « était destiné à être placé dans l'église Saint-Gervais, « où. il fut enterré ; mais le curé se refusa à son érec- « tion, disant qu'un monument profane ne devait point « décorer son église, et qu'il y accéderait volontiers si « l'artiste voulait supprimer la figure de Melpomène. » Alexandre Lenoir avait probablement recueilli le monument inachevé de Crébillon dans l'atelier de d'Huez, qui était mort dans une des dépendances da Louvre, rue des Poulies, le 26 octobre 1793. Est-il bien nécessaire de disculper l'abbé Bouillei'ot ou l'abbé Veyrard, qui lui avait succédé en 1784 dans la cure de Saint-Gervais, faut-il le louer, au contraire, d'avoir douué une leçon de goût au sculpteur eu lui remontrant que les divinités mythologiques n'étaient point à leur place dans une église chrétienne? Question bien inutile à trancher aujourd'hui. Après la dispersion du Musée des monuments français, le monutnent <ie Crébillon fut attribué en 1820 au musée de Dijon, sa ville natale, qui le conserve précieusement (1).
(1) 11 est inscrit sous le n* 1045 au Catalogue de l'amiée i8S3,
SUK SA VIE ET SES OUVRAGES. XLllt
Nous savons par les binprijilics que la vocation de Créliillon commença par l.i c riU([iie. A ceux qu"clonneruieut ces entreliens fréquents et chaleureux entre un procureur et son clerc au sujet des œuvres tragiques anciennes etmodernes, il faut rappeler ici quelle place occupait la tragédie dans les plaisirs littéraires et l'on peut dire dans la vie publique des Français au dix-septième et au dix-luiiHi'nnr, siècle.
« De tous les arts que nous cultivons en France, » a dit Voltaire épîtrn di'dicatoire de Tancrède \ madame dePompadour),» Tarldi! la tr.igrdie n'est pas celui qui « excite le moins l'attention publique, car il faut avouer « que c'est celui dans lequel les Français se sont le plus « distingués. C'est d'ailleurs au théâtre seul que la na- « lion se rassemble ; c'est là que l'esprit et le goût de la «jeunesse se forment; les étrangers y viennent ap- « prendre notre langue; nulle mauvaise maxime n'y « est tolérée, et nul sentiment estimable n'y est débité « sans être applaudi; c'est une école toujours subsi- « slante de poésie et de vertu. »
11 semblait en ce temps-là, qui ne connaissait et n'admettait ni la forme libre du drame ni aucune jiiécc sérieuse en prose, que la tragédie fût la forme néces.-airc de loutr artion dramatiqui^ capable d'intéresser les âmes élevées et les rsprit^; ornés. Bien que la fable et l'histoire ancienne donnassent le fond général de la matière tragique, les auteurs habiles ne laissaient pas que d'y introduire, sous un masque transparent, des aventures modernes, qui faisaient goûter aux spectateurs la saveur de l'actualité. C'est ainsi que Desraarcts, par ordre de nicbelieu, avait exposé sur la scène les amours du duc de Buckingham avec la reine Anne d'Autriche, déguisée en Miramc; et les successeurs immédiats de Racine, tels que Compistron et La Fosse, racontèrent, le premier, les amours prétendues de don Cirlos et de sa belle-mère femme de l'hilippe II, sous le titre (YAndronie (ICS."]), le second la conjuration de Venise de 1618, sous le titre de Manlius Capilolinus, sujets de source commune, empruntés l'un et l'autre
comme œuvre de J.-B. Le Moyiie. Sa hauteur est de 2 mètres' sa largour de 1",47 centimètres.