XLIV NOTICE SUR CRÉBILLON
aux histoires romanesques et aux romans historiques de l'abbé de Saint-Réal. La tragédie, cadre naturel pour les allusious plus ou moins voilées et pour les prédications politiques et sociales plus ou moins audacieuses, n'était donc pas aussi aride qu'on l'imagine à distance, pour des spectateurs très au courant des choses, à qui l'on pouvait tout faire entendre et sousenteudre, et qui comprenaient tout à demi-mot.
Corneille et Racine avaient dit adieu au théâtre presque eu même temps, le premier a.vecSu7'éna, représenté le 11 décembre 1674, le second avecPAérf?e, donnée lel" janvier 1677. Corneille, quoique de trente-trois ans plus âgé que Racine, ne s'arrêta que deux ans avant lui. Leur disparition marqua le couchant du grand siècle. Corneille en 1682, Racine en 1699. Il semble, à voir les choses en gros et de très loin, qu'avec ces deux hommes de génie, le théâtre français soit descendu tout entier dans la tombe et que la Muse tragique,désespérée comme Eurydice (I) et comme Phèdre, se soit ensevelie dans ses voiles, pour ne renaître qu'avec Œdipe, Artemise, Marianne et leur longue lignée qui finit par Irène. Une profonde obscurité couvre aujourd'hui les noms des successeurs de Corneille et de Racine, des prédécesseurs de Voltaire. A s'en tenir à ces impressions inconscientes, le génie littéraire de la nation se serait éclipsé pendant un demi-siècle, laissant le théâtre dans les ténèbres.
Cette vue générale n'est cependant exempte ni d'erreur ni d'injustice. Loin de moi la pensée de ressusciter des gloires défuntes et de ramener à la lumière du jour toutes les épaves entraînées par le fleuve de l'oubli. Mais, il faut bien qu'on le sache, le théâtre français et la Comédie-Française, c'esttout un au point de vue de la tragédie, ne cessa ni d'exister ni de llorir après la retraite ou la mort de Pierre Corneille et de Racine.
On peut citer encore, parmi les tragédies qui s'inscrivirent au répertoire dans les vingt-cinq dernières années du dix-septième siècle et dans les cinq premières du dix-huitième, le Comte d'Essex de Thomas Corneille (1678); Pénélope de l'abbé Genêt (1684); Andronie , de Campislron (1685); Laodamie , de M"« Bernard (1688); Brutus, par la même (1690)5
(1) Personnage de Suréna,