CICÉRON, CATON
CATON
Je voudrais vainement, dans ce désordre affreux, Vous promettre, consul, quelque succès beureux. Le destin du sénat est d'autant plus terrible, Que la main qui nous frappe est encore invisible. Victorieux, vaincu, j'ai combattu longtemps Sans pouvoir reconnaître un seul des combattants. Nos soldats étonnés, peu touchés de leur gloire. N'ont plus ce noble orgueil, garant delà victoire; J'ai vu, non sans frémir, nos premiers vétérans Muets, intimidés, abandonner les rangs.
La nuit achèvera bientôt de tout confondre, Et Rufus de Céson n'ose plus me répondre. Si Pétréius enfin ne vient nous secourir, Une nous restera que l'honneur de mourir. Mais si nous en croyons les lenteurs de Pompée, Notre attente sur lui sera toujours trompée : Son lieutenant, nourri dans cet abus fatal, N'imilera que trop ce tiède général. Cependant il est temps que Pétréius arrive : La chaleur du combat ne peut être plus vive. Le fier Catilina, revêtu d'un emploi Dont vous avez voulu le charger malgré moi. Sur le frivole espoir de pouvoir le surprendre Dans les pièges nouveaux que vous croyez lui tendre, L'adroit Catilina vous aura pénétré.
Au.x portes de Préneste il ne s'est point montré : L'intrépide Rufus, qui s'en est rendu maître, A ce poste du moins ne l'a point vu paraître, Et je crains qu'il ne soit au palais de Sylla, Car j'en ai vu sortir Célius et Siira. Pomponius, suivi d'une troupe fidèle,