SUR SA VIE ET SES OUVBAGES. XLV
Tiridate, de Campistron (1691): Médée de Longepierre (lG9-i) ; PoUxène, de La Fosse (1698); Oreste et Pylade, de la Grange Ghancel (1697), le dernier rôle de la Champmeslé ; Manlius, de La Fosse (1698) ; Arie et Fœtus, de M"e Barbier (1701); Amasis, de la Grange Chancel (1701); Ahsalon, de Ducher(n02); Electre, de Longepierre (1702); Alceste, de la Grange Chancel (1703); Polidore,de l'abbé Pellegrin (ITOô).
Cette liste d'une quinzaine de tragédies estimables, qui obtinrent les suffrages de la cour et de la ville, comprend seulement trois ouvrages vraiment supérieurs par la force de la composition et la pureté du style • la Médée, de Longepierre ; le Manlius, de La Fosse et VAbsalon, de Ducher. Trois chefs-d'œuvre, estce donc si peu de chose?
C'est au lendemain de Polidore, de l'abbé Pellegrin (6 novembre 1705), que Crébillon prit rang avec son Idoménée (29 décembre suivant), et ce rang il le garda pour lui seul pendant trois années consécutives, car, de 1705 à 1708, la Comédie-Française ne connut pas d'autre succès tragique qu'Idoménée, Airée et Thyeste (1707), et Electre (1708). L'année suivante, M"e Barbier lui disputa la palme avec la Mort de César; mais Crébillon reprit vigoureusement l'avantage avec Rftadamiste et Zénoôie, proclamée jusqu'ici son œuvre capitale (1711), et son Xerxès (1714), qui réussit moins.
Les curieux ne se plaindront pas de rencontrer ici la liste des tragédies célèbres qui se suivirent jusqu'en 1726, époque où Crébillonfit représenter son étonnante composition de Pyrr'ius, après laquelle il garda le silence pendant vingt-deux ans.
A Xerxès succéda Atl>alie{l'\l). L'œuvre immortelle de Racine, représentée pour la première fois en 1(190 par les jeunes demoiselles de SainlCyrdansrinlimité royale du palais de Versailles, où elle reparut en 1702, jouée par la duchesse de Bourgogne, la comtesse d'Ayen, la présidente de Cbailly, le duc d'Orléans, le comte de Lesparre, le comte d'Ayen et M. deChamperon, avait été imprimée en 1691, mais ne fut représentée en public ni du vivant de Racine ni du vivant de Louis XIV (1). Ce fut le duc d'Orléans, régent de
(I) Luneau de Boisjermain, copié par l'abbé de la Porte, a pré tendu que le privilège d'imprimer Atfialie, donné par Louis XIV le 3 mars 1691, en iaterdisait la représcutatioo sur les théâtres; le
XLVl NOTICE SUR CRKBILLON
France, qui eut le courage et la gloire de lever cette prohibition. Athnl/e, paraissant pour la première fois sur un théâtre le ;3 mars 1717, o])tint uu succès d'autant plus grand qu'une fatalité providentielle lui donnait un cruel intérêt d'à-propos. Un mal rnysférieux décimait la famille royale ; la branche cadette n'était plus représentée que par le jeune roi Louis XV âgé de sept ans. Comment ne pas s'attendrir sur les destinées chancelantes de ce frêle rejeloQ, en entendant les vers célèbres :
Voilà donc votre roi, votre unique espérance! J'ai plis soin jusqu'ici de vous le conserver... Du fidèle David c'est le précieux reste... Songez qu'eu cet enfant tout Israël réside, etc.
Athalie fut représentée quatorze fois de suite, c'està-dire jusqu'à la clôture annuelle. La première nouveauté qui suivit la réouverture fut la Scmiramis de Crébillon (10 avril 1717). Ainsi VAtkalieda Racine se place, dans la liste des pièces célèbres de la Comédie- Française, entre deux tnigédies de Crébillon, Xerxès et Sémiramis. Le fait n'est pas notable ceulemcnt par la singularité. On ne saurait douter que l'apparition scénique A' Athalie, bientôt suivie d'Esthcr, ne dût exercer une influence irrésistible sur le talent de Crébillon, influence dont j'aurai plus d'une occasion de signaler les traces.
Donc après Athalii, Sémiramis; et après Sémiramis, voici venir Œdipe (1718). C'est le début de Voltaire, et le commencement d'une rivalité qui durera quarante ans. Notre énumération touche à sa fin ; Artémise de Voltaire paraît en 1720; /es Machabées de LaMothe, le 6 mars 1721 iVEsther de Racine, émancipée comme Athalie, se montre privée de ses chœurs et réduite à trois actes le 8 mai suivant, et disparaît méconnue après huit représentations. C'est La Mothe qui trioniplie avec le plus grand succès de larmes de tout le dix-huitième siècle, Inès de Castro (172-3).
fait est faux. Ces écrivains ont confondu le privilège d'Alhali« avec le privilège d'Esther, qui renferme en e(''et cette prohibition exceptiouucUe, laquelle s'explique par ce fait pou connu que le privilège d'imprimer Esthet\ en date du 8 février 1089, fut accorde non pas à Racine, mais aux dames de la communauté dd Saint-Louis, dite de Saint-Cyr.