‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 310 sur 454 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CATILINA, sans épée, un poignard à la main; TULLIE. TULLIE.

Seigneur, en quel état vous offrez-vous à moi ? Quoi ! tout couvert de sang! Quel désordre ef- A qui réservez-vous ce fer impitoyable? [froyable ! Que vois-je?

CATILINA

Un malheureux qui vient d'être vaincu, Honteux de vi\Te encore, ou d'avoir tant vécu. Dieux qui m'abandonnez a rhon sort dépL^ra'ole, Ramenez-moi du moins l'ennemi qui m'accable.

876 CATILINA

En vain pour le chercher j'échappe à mille bras :

Le lâche a ma fureur ne s'exposera pas.

Tandis qu'au désespoir mon cœur est tout en proie.

Mes cruels ennemis se livrent à la joie.

Ce fer, que je gardais pour leur percer le flanc,

Ne sera plus souillé que de mon propre sang.

TULLIE, à part.

Fatale vérité que j"ai trop combattue,

De quel affreux éclat viens-tu frapper ma vue !

(a Calilina.)

Écoulez-moi, seigneur, et reprenez vos sens. Qui peut vous arracher ces terribles accents? Si vous êtes vaincu, mon père est donc sans vie?

CATlLtNA.

£h ! sait-il seulement qu'on meurt pour la patrie? Ce n'est pas vous, c'estlui que je cherche en ces lieux. Fuyez, éloignez-vous d'un amant furieux.

Dieux ! après tant d'exploits dignes de moncourage, 11 ne me restera qu'une inutile rage ! Ah! si j'eusse manqué de prudence ou de cœur, Je pourrais au destin pardonner mon malheur : Mais que n'ai-je point fait dans ce moment terrible? Et que fallait-il donc pour me rendre invincible? Intrépides amis, dignes d'un sort plus doux, Vous êtes morts pour moi ; j'ose vivre après vous ! Quoi! Sylla presque seul, plus heureux que grand

[homme N'eutbesoin que d'unjourpour triompher de Rome ; Et moi, triste jouet du perfide Céson, Je suis vaincu deux fois, et par toi, Cicéron! Quoi! dans le mêmeinstantilfautqueRornetombe, C'est toi qui lasoutiens, et c'est moi qui succombe I Mon génie, accablé par ce vil plébéien, Sera donc à jamais la victime du sien! Après m'avoù* ravi la dignité suprême.

Ce timide mortel triomphe de moi-même!

Fortune des héros, ce n'est pas sur les cœurs Que l'on te vit toujours mesurer tes faveurs. Que l'on doit mépriser les lauriers que tu donnes, Puisque c'estCicéron qu'aujourd'hui tu couronnes ! 0 de mon désespoir vil et faible instrument, Tu me restes donc seul dans ce fatal moment; Mes généreux amis sont morts pour ma défense, Kt pour comble d'horreur, je mourrai sans ven-

[geance !

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