ACTE I, SCÈNE VII. Î9i
Quand je ne tiendrais pas de la grandeur suprême Le droit de disposer du sacré diadème, Ma volonté suffit pour établir des lois; Et la terre en tremblant doit souscrire à mon choix. Et sur quoi jugez-vous que le prince Artaxei'xe Soit si peu digne encor de régner sur la Perse? Darius, je l'avoue, a quelques faits de plus ; Mais son frère a mon cœur, et n'est pas sans vertus : 11 sait aimer du moins, et c'est vous qu'il adore.
AMESTRIS.
Dieux! qu'est-ce que j'entends?
XEHXÈS.
Ce n'est pas tout encore; A son auguste hymen il faut vous préparer, Et je me suis chargé de vous le déclarer.
AMESTRIS.
Moi, seigneur?
XBRXÈS.
Oui, madame : il vous a demandée ; La loi veut qu'à ses feux vous soyez accordée. Vous savez ce qu'impose une si dure loi?
AMESTRIS.
Ainsi sans mon aveu l'on dispose de moi ! On dispose à son gré la grandeur souveraine ! La parole des rois n'est plus qu'une ombre vaine ! Frein par qui les tyrans sont môme retenus. Serments sacrés des rois, qu'ètes-vous devenus ? Quoi ! seigneur, Artaxerxe à mon hymen aspire, Peu content de priver Darius de l'empire ; Et c'est vous qui, pour prix de tant d'exploits fa- Accablez de ces coups un fils si généreux ! [meux, Mais, seigneur,c'esl|en vain qu'à vos ordres suprêmes Vousj oignez une loi qui commande aux rois mêmes: Je n'ai pas oublié qu'au plus grand des héros Vous pro mîtes ma main pour prix de ses travaux. Vous reçûtes ma foi pour le don de la sienne: La mort, la seule mort peut lui ravir la mienne. Il n'est loi ni pouvoir que je craigne en ces lieux : Les promesses des rois sont des décrets des dieux. Ainsi, dans quelque rang qu'Artaxerxe puisse être, Darius de ma main sera toujours le maître. Tout malheureux qu'il est, dépouillé, sans appui, Jamais de tant d'amour je ne brûlai pour lui. Hier sur ses vertus il fondait sa victoire ; Mais aujourd'hui, seigneur, il y va de ma gloire j
892 XERXÉS.
Et plus VOUS ravissez d'États à ce vainqueur, Plus l'amour indigné le couronne en mon cœur. Eh ! plût aux dieux.seigneur, lorsque toutrabandon- Pouvoir lui tenir lieu de père et de couronne ! [ne,
XERXÉS.
Que sert de vous flatter sur ce que j'ai promis, Quand la loi me dégage envers vous et mon fils? Ainsi, sans vous parer d'une vaine constance, Méritez mes bontés par votre obéissance, Et craignez qu'Amestris, avant la fin du jour, Ne déteste peut-être et l'amant et l'amour. Quel que soit Darius, madame, je souhaite Qu'il puisse mériter une ardeur si parfaite. Je ne sais cependant si ce héros fameux, Pour qui vous témoignez des soins si généreux, Est si digne en effet des transports de votre âme. Eh! quel garant si sûr avez-vous de sa flamme? Pour fixer un amant quels que soient vos attraits, Peut-être qu'en ces lieux il est d'autres objets Qui pourraient bien encor partager sa tendresse. Je ne dis rien de plus, madame : je vous laisse. Sûr de vous voir bientôt m'obéir sans regret.