LU NOTICE SUR GRÉBILLON
« au-dessus de la scène grecque, par l'art de la con- « duite, par l'iaveiition, par les beautés de détail qui « sont sans nombre. » Crébillon n'avait pas dit autre chose dans sa préface d'Electre.
Cette tragédie tant attaquée triompha glorieusement de ses détracteurs devant le parterre de 1Î08, par des qualités de premier ordre et par l'intérêt des épisodes que la critique condamnait comme autant de fautes. L'amour d'Electre, lille de la victime, pour Itys, tiis du meurtrier, en la rapprochant de la Cliiméne de Corneille, colore d'une teinte de mélancolie chevaleresque la sanglante catastrophe qui noie leur amour dans le sang d'iigisthe et de Clytemnestre.
Non! je ne te haïs point!
dit Electre, comme Chimène, et cela à l'heure même où elle vole près d'Oreste pour prendre sa part d'un meurtre parricide. Mais combien est différente la suite des deux scènes :
Ton père est aux autels,
dit Electre,
Je m'en vais l'y trouver...
Itys se jette à ses genoux :
Quoi! vous m'abanfloanez ;i mes cruels transports! — Que fais-tu, mallieuieux ? Laisse-moi mes remords!
répond Electre. Si l'auteur tragique peut être blàmé d'avoir mis au cœur d'Electre un sentiment d'amour, on ne peut pas l'accuser d'avoir fait parler à cet amour un langage doucereux.
D'ailleurs, les puritaiuB avaient de quoi se satisfaire dans toutes les parties d'Electre où Crébillon s'inspire fidèlement des mot èles de l'antiquité. Par exemple, la scène de Clytemnestre et d'Electre au premier acte est d'une beauté ache/ée; j'y renvoie le lecteur, mais je ne puis me priver de citer ici les derniers vers de la plainte d'Electre à sa mère, morceau si touchant et si tragique :
Vous m'aimâtes ; pourquoi ne vous suis-je plus chère? Ah ! je ne vous hais point ! et malgré ma misère, Maigre les pleurs amers dont j'arrose ces lieux. Ce n'est que des tyrans dont je rce plains aux dieux I