SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. LV
là elle fut conduite, par les soins des magistrats, à la cour de Tiridate (roi des Parthes), qui la reçut avec bonté, et la traita en reine. »
Cette princesse, ces bergers, ce roi généreux, ces rcoièdes connus aux cliamps, qui guérissent des coups de sabre et de l'asphyxie, paraîtraient en effet bien romanesques même dans un roman. Cependant, ceci n'est ni du La Calprenède, ni du Scudéry, c'est du Tacite.
Quant à Rhadamiste, il périt quatre ans plus tard, égorgé par ordre de son père Pharasmane, comme traître à sa personne royale et infidèle aux Romains (Annales, ch. xxxvn, liv. XllI).
Avec de tels points do départ, Crobillon aurait pu se permettre les inventions les plus incroyables, sans atteindre à l'invraisemblaldo de la réalité. 11 s'arrêta, tout au contraire, a la plus simple de toutes, et cette simplicité même atteste la puissante profondeur de son génie dramaliqut!. Rhadamiste revient à la cour de son père, et il y retrouve Zénobie. Celle-ci, qui se croyait veuve, a laissé parler son cœur; elle aime le prince Arsame, le ])ropre frère de Rhadamiste. La reconnaissance des deux époux, au troisième acte, passe, de l'aveu des critiques les plus rigoureux et de 'Voltaire lui-même, pour la plus pathétique et la plus passionnée que l'on connaisse au théâtre. Mais bientôt l'inclination mutuelle de Zénobie et d'Arsame est devinée par Rhailamiste, dont les fureurs jalouses se réveillent. La justification de Zénobie est admirable :
Ton frère me fut cher, je ne puis le nier; Je ne cherche pas ini^me i m'en justifier; Mais, malgré son amour, ce prince, qui l'ignore, Saos tes lâches soupçons, l'ignorerait encore.
A Arsame.
Prince, après cet aveu, je ne vous dis plus rien. Vous connaissez assox un cœur comme le mien Pour croire que sur lui l'amour ait quelque empire. Mon époux est vivant, ainsi ma flamme expire. Cessez donc d'écouter un amour odieux, Et surtout gardez-vous de paraitre à mes yeux.
A Rhadamixte.
Pourtii, dès que la nuit pourra me le permettre, Dans les maius, en ces lieux, je viendrai me remettre Je coùnais la lureur de tes soupçons jaloux ; Mais j'ai trop de vuitu pour craindre œoa époux»