‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 38 sur 454 · LVI NOTICE SUR CRÉBILLON · texte numérisé non relu

LVI NOTICE SUR CRÉBILLON

Le dénouement de Rhadamiste est conforme à l'histoire ; et de son horreur même Crébillon a su tirer l'effet le plus pathétique et le plus déchirant. II faut savoir que Rhadamiste s'est présenté à la cour de son père, qui ne l'a pas vu depuis son enfance, en qualité d'ambassadeur de Néron et sous un nom romain. L'entrevue solennelle de Pharasmane, placé sur son trône, et recevant avec l'orgueil asiatique ce fils qu'il ne reconnaît pas, est d'une grandeur incomparable. Le choc ne tarde pas à se produire entre le despote enivré de sa toute-puissance et l'ambassadeur de César. Pharasmane s'emporte en entendant contester les droits de sa couronne :

Et qui doit succéder à mon frère, à moa fils? A qui des droits plus saints ont-ils été transmis?

— Ah ! s'écrie Rhadamiste, ne pouvant plus se contenir,

Ali ! doit-on hériter de ceux qu'on assassine !

Ce vers fameux est à la fois naturel et profondément tragique dans la situation où le poète l'a placé. Après une entrevue d'un caractère si menaçant, la catastrophe finale s'annonce d'elle-même; Pharasmane donne l'ordre de tuer, quoi qu'il en puisse arriver, l'ambassadeur de Rome ; Rhadamiste vient mourir sur le théâtre; c'est alors que se produit la reconnaissance du père et du fils. Pharasmane, troublé par un sombre pressentiment, s'écrie :

Hélas! si c'est lui, quel crime ai-je commis!

Nature, ah! venge-toi, c'est le sang de mon fils!

BBADIMISTE.

La soif que votre cœur avait de le répandre N'a-t-elle pas suffi, seigneur, pour vous l'apprendre? Je vous l'ai vu poursuivre avec tant de courroux Que j'ai cru qu'en effet j'étais connu de vous!

Voilà encore un de ces traits de profondeur tragique vraiment dignes de l'antiquité et qui n'appartiennent qu'à Crébillon.

Rhadamiste expire enfin,

Heureux quoiqu'en mourant de retrouver mon père !

Il esl difficile de ne pas reconnaître dans cette

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