SUR SA VIE ET SES OUVRAGES. LVII
suite d'émouvantes péripéties l'idée première de la scène de Zopire avec Palmyre et Séide, au quatrième acte de Mahomet :
Frappez vos assassins! — J'emhrasse mes enfants!
Voltaire avouait l'avoir empruntée au Marchand de Londres, de Lille ; c'était pour ne pas reconnaître sa dette envers Créltillou. 11 ne faisait pas d'ailleurs difficulté d'admirer Ithadamistc.
La Harpe, malgré l'injustice habituelle dont il poursuivait Crébillon pour servir les haines de Voltaire, jugeait la scène de l'aveu de Zénobie comparable à celle de Pauline et de Sévère dans Polyeucte. Népomucène Lemcrcier allait plus loin, déclarant que son admiration pour la scène de Corneille ne l'empêchait pas de mettre celle de Crébillon au-dessus, « parce que la présence de l'époux, témoin du chaste aveu que prononce Zénobie avec la dignité de sa pudeur et au péril de ses jours, ajoute, au sensible intérêt qui attache le spectateur à sa victime, l'épouvante qu'inspire le caractère de Rhadamiste. » Ce qu'on peut dire de plus, c'est que celte scène, digne de Corneille par sa sublimité, est digne de Racine par l'élégante et pure noblesse de sa diction. Un succès d'admiration et de larmes, qui se prolongea pendant cent dix-huit ans (1711-1829), a consacré Rhailamisle et Zénobie au rang des chefs-d'œuvre du théâtre.
Crébillon, cependant, parvint non à se surpasser, dv moins à s'égabr lui-même dans une autre composition moins célèbre, .«a tragédie de f'i/rrhus, que deux aiitres ouvrages, relativement inférieurs, Xerxès et Sémiramis, sépan^nt de Hhndamiste et Zénobie.
Ce n'est pas que Xerxès soit un ouvrage méprisable. Le plan toutefois en est mieux conçu iiu'exécuté; le ministre Artaban, qui gouverne absolument le faible Xerxès, roi de l'erse, a formé le noir projet d'armer l'un contre l'autre les deux fils de Xerxès, et, se débarrassant de 1 un par l'autre, d'usurper la couronne. C'est l'amour qui, naturellement, divise les deux princes; mais le procédé assez uniforme par lequel Artaian entretient leur mésintelUgcnce amoureuse appartient plutôt à la comédie romanesque qu'à la tragédie, et rappelle même d'assez près le Jaloux sans sujet, de Charles Beys. Le caractère de l'artificieux Artaban est cependant assez fortement tracé pour maintenir l'u-