SCÈNE PREMIÈRE NÉOPTOLÈME, ÉRICIE
NÉOPTOLÈME
Vous ne m'apprenez rien de cette vive ardeur, Que je n'eusse déjà pénétré dans son cœur Je n'ai vu qu'une fois ce guerrier invincible, Qu'on dit partout ailleurs si fier et si terrible. Mais à votre aspect seul, ma fille, aussi soumis Qu'il paraît redoutable à tous ses ennemis.
Ainsi, sur cet amour, que je prévois sincère, Je vais vous découvrir mon àme tout entière. Je règne : mais combien m'a coûté ce haut rang 1 Et qu'est-ce enfm qu'un sceptre encor souillé de
[sang ?
Prétexte à mes sujets de recourir aux armes, Source pour moi d'ennuis, de remords et d'alarlllyrus est vaillant, mais il n'est que soldat, [mes. Et la seule valeur défend mal un État ; Héritier d'un grand roi, trop puissant, qui, peul-(jlre, Au lieu d'un défenseur, me donnerait un maître, J'ai besoin d'un héros qui, tenant tout de moi. Trouve en mes intérêts de quoi veiller pour soi. Hélénus, à la fois soldat et capitaine. N'attend que du destin la grandeur souveraine. En l'unissant à vous par un sacré lien, Je m'en fais pour moi-même un éternel soutien. Il est né généreux, et sa reconnaissance Ne m'enviera jamais la suprême puissance. Voilà le successeur que je me suis choisi, El c'est pour l'en presser que je l'attends ici. D'ailleurs, qui mieux que lui peut engager son père A sacrifier tout à ma juste colère ?
Chéri de Glaucias, c'est le seul Hélénus Qui pourra le forcer a. me livrer Pyrrhus.
ÉRICIE.
Seigneur, sur ses projets qu'un grand roi lui confie Daignera-t-il entendre un moment Éricie?
Je n'examine point quel sera mon époux : Son choix, vous le savez, ne dépend que de vous: Ainsi j'obéirai. Ce qui me reste à dire, C'est votre gloire ici qui seule me l'inspire. D'un cœur rempli pour vous d'amour et de respect. Quel sentiment, seigneur, pourrait être suspect? Souffrez que, m'élevant jusqu'à Néoptolème, J'aille sans l'offenser le chercher dans lui-même. C'est l'univers entier qui parle par ma voix ; J'ose l'interpréter pour la première fois. Vous vous êtes vengé: le meurtre d'^Eacide, Pour tout autre qu'un roi, serait un parricide ; Mais, si vous répandez le reste infortuné De ce sang que les dieux vous ont abandonné, Les intérêts d'utat, le trône et ses maximes, La politique enfin, voile de tant de crimes, Ne seront désormais que de faibles garants