ACTE II, SCENE I
Pour VOUS sauver des noms qu'on prodigue aux
[lyrans.
Q uand même à vos désirs son fils pourrait souscrire, Glaucias voudra- l-il qu'il règne sur l'Épire ; Que du sang de Pyrrhus il achète ma main, D'un sang que deux grands rois redemandent en Lui qui, pour conserver une tête si chère, [vain; Semble avoir étouffé les sentiments d'an père ? Si vous vous attachez le grand cœur d'Hélénus, Que peut vous importer le trépas de Pyrrhus? Laissez vivre, seigneur, un prince dont la vie D'aucun malheur pour vous ne peut être suivie. iEacide, ennemi des princes de son sang. Vous força malgré vous de lui percer le flanc. Si sa mort fut pour vous un crime involontaire, Que son inimitié vous rendit nécessaire. Le salut de son fils, qui peut seul l'expier. Plus nécessaire encor, doit vous justifier. Et vous vous attachez à la seule victime Qui pouvait expier ou consommer le crime!
NKOPTOLÈMK.
Tant que Pyrrhus vivra, mes sujets ennemis,
A ce funesto nom, se croiront tout permis ;
Et le lier Hélénus, i'ùt-il plus grand encore.
Ne me sauverait point d'un peuple qui m'abhorre.
Les dieux, en me livrant le superbe Illyrus,
Ont prononcé l'arrêt du malheureux Pyrrhus :
11 m'a trop fait trembler, il est temps qu'il périsse.
Glaucias m'en refuse en vain le sacrifice :
Je ne peux qu'à c.e prix arrêter ses projets,
Et fixer entre nou* une constante paix.
Son cœur en gémira; mais votre hymen, ma fille,
Unissant pour jamais l'une et l'autre famille.
Calmera la douleur d'un roi trop généreux
Qui peut par cet hymen rendre Hélénus heureux.
Que Glaucias y soit favorable ou contraire,
Du trépas de Pyrrhus rien ne peut me distraire.
Que l'univers alors éclate contre moi :
Un crime nécessaire est pour nous une loi.
Voulez-vous qu'écoutant un discours téméraire
J'asservisse le sceptre aux erreurs du vulgaire?
Heureux qu'à notre égard son imbécilhlé
Nous assure du moins de sa docilité!
A tout ce qui nous plaît c'est à lui de souscrire.
Dès que sans le troubler il nous laisse l'empire,
Laissons-lui des discours dont il est si jaloux. Ce qui tait ses vertus serait vice pour nous. Le peuple, en ce qui flatte ou choque sa manie, Trouve de la justice ou de la tyrannie. Nous ne nous réglons point au gré de ses erreurs. Les (lieux ont leur justice, et le Irône a ses mœurs. Mais Glaucias paraît. Ma lîlle, allez m'ai tendre. Quel dessein le conduit? et que vient-il m'appren-
[dre?