‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 383 sur 454 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Jamais de mon aveu liC se "a poursuivie ; Qu'à Pyrrhus je tairai slh nom et ses aïeux : J'en jure par ce fer, j'enjure par les dieux. J'ai tout dît : répondez.

NÉOPTOLÈME

Où donc est l'avantage D'une paix dont Pyrrhus ne serait point le gage? Il est vrai que mon sort, seigneur, a bien changé; Mais, pour vous craindre moins, en suis-je plus

[vengé?

L'Epire en sera-t-elle à mes lois plus soumise, Mes jours plus à couvert d'une lâche entreprise? Si Pyrrhus se connaît, pourra-t-il oublier Que son père fut roi, qu'il eut un meurtrier. Qu'il vit, et qu'entre nous un coup irréparable Doit opposer sans cesse un vengeur au coupable? Malgré les nœuds du sang dont nous sortions tous llfallutm'immolerunroitropsoupçonneux; [deux, Je ne m'en cache point: si c'est un parricide. On ne doit l'imputer qu'aux rigueurs d'^Eacide. Son trône, après sa mort, était le seul abri Que je pusse choisir à mon honneur flétri : Je ne vis qu'un bandeau qui pût sauver ma tête. La force en fît le droit, un meurtre la conquête, Il est vrai : mais combien de trônes sont rempUs Par les usurpateurs qui s'y sont établis ! Votre a'ïeulen fut un : j'en nommerais mille autres Qui n'eurent pour régner d'autres droits que les

[nôtres.

Quoi qu'il en soit, seigneur, je demande Pyrrhus, Et ne peux qu'à ce prix relâcher Illyrus De vos soins vertueux outrez moins la chimère. Et ressouvenez-vous que vous êtes son père ; Que s'il périt, c'est vous qui le voulez ainsi ; Que c'est vous plus que moi qui l'immolez ici : Enfin, que c'est vous seul qui m'imposez un crime Que la nécessité va rendre légitime.

Vous m'entendez, seigneur; adieu. Point de traités, Si du sang de Pyrrhus vous ne les cimentez.

GLAUCIAS.

Ah! cruel, arrêtez : puisqu'il vous faut un gage, Si c'est peu de ma foi, prenez-moi pour otage ; Je suis prêt à vous suivre en ces mêmes climats Oîi j'ai porté cent fois la flamme et le trépas. Si ce n'est pas assez de vous céder un trône.

Prenez encor le mien, et je vous l'abandonne; Mais ne réduisez point un prince vertueux A trahir en Pyrrhus son honneur et ses dieux. Quand je reçus ce prince échappé de vos armes, Son berceau fut longtemps arrosé de mes larmes. Je regardai Pyrrhus comme un présent divin Que le ciel m'ordonnait de cacher dans mon sein. Enfin, Pyrrhus m'est plus que si j'étais son père: Je répondrais aux dieux d'une tête si chère. Les serments les plus saints ont répondu de moi; Et je mourrais plutôt que de trahir ma foi. Il n'est fils ni sujets que je ne sacrifie Au soin de conserver sa déplorable vie.

NÉOPTOLÈME

Hé bien! vous pouvez donc au sortir de ce lieu Aller dire à ce fils un éternel adieu.

GLAUCIAS.

Pour dérober ce fils à ta main meurtrière, Je me suis abaissé jusques à la prière ; Mais c'est trop honorer un lâche tel que toi, Que de lui témoigner le plus léger effroi. Je brave ta fureur, si tu braves ma plainte. Un monstre doit causer plus d'horreur que de crainte. Délivre ou perds mon fils, je le laisse à ton choix, Et je cours l'embrasser pour la dernière fois. Oui, barbare, je vole à cet adieu funeste : [reste. Mais toi, tremble en songeant au vainqueur qui me

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