LVIII NOTICE SUR CRÉBILLON
nité de cette intrigue un peu lâche. La force étonnante de Crébillon éclate dans des vers tels que ceux-ci : -
Dieux cruels! jouissez du transport qui m'anime; C'en est fait, je sens bien que j'ai besoin d'un crime!
Ou bien encore cette exclamation ironique :
Dans l'état où je suis, je ne crains que les dieux !
La scélératesse cynique et impie d'Artaban fait songer au Séjanus de Cyrano de Bergerac; aussi futelle de même suspectée. A une époque oii, selon la juste remarque de Voltaire, nulle mauvaise maxime n'était tolérée sur la scène française, le rôle d'Artaban fut jugé dangereux, et Xerxès ne put se maintenir au théâtre.
Une raison de même ordre condamna Scmiramis. Dans cette pièce comme dans celle de Voltaire, Ninias apparaît d'abord sous un faux nom, Agénor chez Crébillon, Arsace chez Voltaire. Sémiramis s'est éprise d'Agénor, dont elle ne soupçonne pas l'origine; Jorsqu'enfm elle reconnaît en lui Ninias, elle ne peut dompter sa fatale passion et elle se tue. Crébillon vit qu'il s'était trompé en supposant qu'il serait possible de laisser entrevoir sur la scène ce que les historiens racontent de l'amour incestueux de Sémiramis pour Ninias. Tels sont << les sentiments coupables » auxquels Danchet faisait allusion dans le visa que j'ai cité plus haut. On peut ajouter que, de toutes les prissions monstrueuses, Crébillon était allé choisir celle qui ne sera jamais supportée au théâtre.
Entre Sémiramis (10 avril 1717) et Pyrrhus (23 avril 1726), il s'était écoulé un intervalle de neuf années, pendant lesquelles Crébillon, successivement riche et ruiné, eut le temps de réfléchir, à travers les vicissitudes du système de Law. sur les vicissitudes non moins étonnantes de l'auteur dramatique. Le résultat de ce long recueillement fut sa tragédie de Pyrrhus, qui semble calculée p'iur faire oublier les bassesses d'Artaban, les crimes d'Atrée. les fureurs d'Oreste et les transports de Sémiramis Tout dans Pyrrhus est héroïque et vertueux, et. pour aller jusqu'au bout dans son parti pris, l'auteur osa dénouer uuctrogédic sans ensanglanter le théâtre.
Ce système accumulait les difficultés comme à