ACTE III, SCÈNE V
Je ne puis voir mon père abandonner son fils. Sans soupçonner pour moi d'injurieux mépris. Voilà les seuls regrets dont mon àme est saisie, El j'en suis plus touché que de perdre la vie : Mais je n'en ai pas moins souhaité vous revoir.
GLADCIAS.
Illyrus, mon seul bien et mon unique espoir, Ah ! si c'est ton amour qui vers moi te rappelle, Ne m'en refuse point une preuve nouvelle. Viens, mon fils, dans les bras d'un père infortuné, Dont le cœur ne t'a point encore abandonné; Viens te baigner de pleurs qui couleront sans cesse, Et ne m'accuse point de manquer de tendresse. Mon ûls, je t'aime encor tout ce qu'on peut aimer, El je te connais trop pour ne pas t'eslimer. Tes reproches honteux, dont ma gloire murmure. Outragent plus que moi le sang et la naturer. Mon cœur de ses retours n'est que trop combattu, Et je n'ai plus d'espoir qu'en ta propre vertu. Loin de déshonorer mon auguste vieillesse, Aide-moi de mon sang à dompter la faiblesse. Le malheureux Pyrrhus esL maître de ma foi ; Je ne suis pas le sien, et ta vie est à moi. Fais voir, par les efforts d'une vertu suprême, La victime au-dessus du sacrifice même.
Adieu : sois généreux autant que je le suis. Te pleurer et mourir est tout ce que je puis.
ILLYRUS.
Oui, je vous ferai voir par un efTort insigne De quel amour, seigneur, Illyrus était digne ; Que ce tils malheureux, sans le faire éclater. Des plus rares vertus aurait pu se flatier : Qu'il sait du moins mourir et garder le silence. Quand son propre intérêt peut-être l'en dispense. Je pourrais d'un seul mot éviter mon malheur. Mais ce mot échappé vous percerait le cœur. C'est dans le fond du mien qu'enfermant ce mystère Je vais sauver Pyrrhus, votre gloire, et me taire. Adieu, cher Hélénus : vous apprendrez un jour Si j'avais mérité de vous quelque retour.